Il parait que Wikipédia a été vandalisé par des étudiants journalistes de Science-Po, dans le cadre d’un mémoire.
C’est une plongée dans la réalité qui n’a pas du manquer de piquant : un professeur de Sciences-Po, jouant le rôle d’un rédacteur en chef, a pu ordonner à ses élèves de faire une étude sur un sujet facile. Tel un Rupert Murdoch miniature, il aurait pu assortir cette commande d’une note :
Wikipédia se présence comme une encyclopédie, mais elle n’est pas fiable. De nombreux vandalismes ne sont pas corrigés, et sont ensuite recopiés par des étudiants. Il s’agit là d’un danger pour la diffusion de la connaissance et pour la démocratie. Vous présenterez, en un mémoire organisé et argumenté, les expériences et réflexions sur ce sujet.
On peut se demander comment un banal travail universitaire, un mémoire, comme il s’en produit des milliers dans toutes les universités françaises, qui n’a aucune reconnaissance universitaire ou scientifique (ce n’est pas une thèse, ce n’est pas approuvé par un comité de lecture), se trouve catapulté par les médias. La question ne sera pas posée.
Franchement déroutant, en revanche, est le mode opératoire de ces étudiants-journalistes : vandalisons Wikipédia, on verra combien de temps ça reste. Je n’ose faire des parallèles, osés, sans doute. Un journaliste qui teste la lenteur du système judiciaire peut-il abattre sa femme, et compter les minutes ? Des écologistes qui veulent mettre en garde contre une source de pollution doivent-ils eux-même polluer, pour voir combien de temps ça reste ?
Il me semble également qu’une règle du journaliste est de ne pas manipuler son objet d’étude, sinon, son objet d’étude n’est plus neutre, et son enquête n’a plus aucun intérêt, puisque le journaliste étudie ses propres réactions…
Et pourtant, l’IEP de Paris est un habitué des vandalismes. J’en compte 11, sur une seule de leurs adresses IP, depuis le 23 mai. Ce n’est hélas pas du « caca-boudin« , du « Jessica et moi on s’aime« , mais plus du spam (la pose de liens externes non pertinents, et à fin publicitaire) ou une orthographe largement déficiente.
Toutes les adresses IP de la rue Sainte Guillaume ont été bloqués.
Wikipédia mène une lutte contre tous les vandalismes, et particulièrement contre les vandalismes subtils. Si, en plus, les vandalismes sont organisés, et cautionnés par une administration, alors nous la bloquerons, en l’attente d’explications et de garanties de la part de cette administration. La balle est dans le camp de Sciences-Po.
Cela peut ressembler à des représailles : assurément, c’en est. On ne fait pas de bêtises sans accepter d’être puni ; des fois, on ferait même des bêtises pour tester les limites de ceux qui nous entourent, c’est-à-dire pour voir si l’on sera puni ou pas. Vandaliser Wikipédia, c’est mal, le faire de façon organisée, c’est pire encore. Et donc, punition. Action, réaction. Même un étudiant en Master 2 de journalisme peut le comprendre.
C’est, cependant, un traitement habituel. Quand un collège de Seine-Saint-Denis ou de Paris 5° connait un important taux de vandalisme, un administrateur contacte l’administration de ce collège et propose des mesures pour les limiter. A défaut de mesures positives et éducatives, Wikipédia protège son contenu, et interdit ce collège de contribuer. Au demeurant, peu de risques de voir un collégien s’interroger sur la confession de l’ancien premier ministre britannique, ou le palmarès sportif de Pierre Assouline ; les vandalismes collégiens sont bien plus évidents que ceux-là. Raison de plus pour bloquer Sciences-Po.
La question de ce blocage de Sciences-Po fait encore largement débat, et elle le fera encore certainement dans les prochains jours ; néanmoins, je ne vois pas en quoi certains vandalismes « pour jouer » (2 caca-boudin = 1 blocage) seraient plus punis que des vandalismes « pour nuire » (4 vandalismes du 2 mai 2007 + 1 mémoire « universitaire » + une image de Wikipédia dégradée à mauvais escient = des remerciements de Wikipédia ?).
Et pour prouver quoi, que Wikipédia n’est pas fiable ?
Une enquête intéressante, pour la prochaine promotion de cette école, sera de voir, parmi les contributeurs qui ont de l’expérience sur Wikipédia, qui a foi dans le système. Je suis sûr que s’en dégagerait la loi suivante : plus les contributeurs sont expérimentés, plus la confiance en Wikipédia est proche de zéro, et réciproquement.
Si, d’ailleurs, on peut devenir un « habitué » de Wikipédia, c’est justement parce qu’il y a de nombreuses corrections et améliorations à y apporter. Un système parfait ipso facto ne connaitrait pas d’habitués : toute contribution étant parfaite est exhaustive, aucune relecture ne serait nécessaire, pas plus qu’aucune correction.
Pour que Wikipédia soit fiable, il faut qu’elle soit suivie par des contributeurs compétents et impartiaux. Si pas de contributeurs, s’ils se disent compétents en tout, s’ils sont là pour informer le monde de leur dernière théorie ou pour être fan d’un autre, c’est tout le système qui est biaisé. Bref, tout ceci me fait penser à une énergie incroyable dépensée pour démontrer par ln(ax²+b) ce que l’on peut déjà faire, et depuis longtemps, par a+b, sans tirer les conclusions de ce résultat : Wikipédia n’a jamais un problème ; les contributions non pertinentes, le manque de sources extérieures, les opinions personnelles présentées comme Vérité vraie, les biais culturels ou politiques, si.
Et nous luttons contre cela.