La carrière dont vous êtes le héros

Seigneur, accordez-moi la grâce de toujours désirer plus que je ne peux accomplir.
Prière de Michel-Ange, Citée par Nicolas Sarkozy, Discours à Marseille, 3 septembre 2006

Ce billet demande un dé à 6 facettes. Si vous n’en avez pas à proximité immédiate, utilisez ce script que j’ai eu la flemme de transposer sur mon blog. Sinon, il vous suffit de cliquer sur les pseudos numéros de page et croiser les doigts pour ne pas tomber sur un cul de sac.

14 juillet 2009. Vous voilà à l’endroit et au moment que vous attendiez depuis bientôt un an. Dans quelques secondes, la Vice-Chancellor va prononcer votre nom dans la gothique nef de la cathédrale de Canterbury. Montant sur la chaire un fugace instant, vous allez récupérer votre diplôme, lui serrer la main, puis celle de la directice de l’école de droit.

Inévitablement, vos parents dans l’assistance figeront cette image, qui figurera sans aucun doute au-dessus de la cheminée. On y verra un jeune homme très peu photogénique, certainement les yeux fermés au moment de la photographie, pris dans un robe trop petite pour lui, avec une toque qui menace de tomber à chaque instant. Cela suffira dans quelques années pour déclencher toute une pile de souvenirs ; mais pour le moment, ce qui vous inquiète est beaucoup plus pragmatique et terre-à-terre, et pas forcément glamour : votre carrière.

Votre première motivation n’est pas l’argent (ou pas plus que Warren Buffet), tant que vous n’êtes pas contraint d’aller devoir chercher dans les premiers prix de Carrefour ou Tesco. L’Aston Martin attendra. Vous voulez faire un job de juriste intéressant, en propriété intellectuelle dans lequel la langue de travail est l’anglais en raison de l’ouverture internationale de votre practice. Dans 10 ans, vous vous voyez bien capable de conseiller et de défendre un client dans les juridictions anglaises ou françaises, ce qui fera trépigner de jalousie les voisines de votre grand-mère lorsqu’elle leur répétera que vous êtes « avocat d’affaires international », sans savoir au juste ce que cela veut dire. Lire la suite »

Merry (equitable) Christmas

Joyeux Noël à tous !

Noël, une période toujours très paradoxale, ou tout à la fois on cherche des cadeaux pour ses proches (souvent jusqu’à la dernière minute) et où de nombreuses opérations caritatives se déroulent pour nous rappeler que ce qui peut être un moment de joie pour beaucoup est un moment de solitude, de tristesse, de détresse même pour les autres. Il y a eu notamment monbeausapin.org (que je vous signale en grand retard, mais vous en avez certainement déjà entendu parler).

La tristesse, la détresse…. la justice n’y est pas étrangère. Elle est souvent là pour y apporter des solutions, mais il s’agit presque toujours d’une justice basée sur l’application des règles. La solution est juste parce que la solution serait la même pour n’importe qui dans la même situation ; ce qui est apparemment poussé à son paroxysme dans le droit de Common Law, mais n’est pas du tout étranger à la conception française et civiliste du droit, avec l’application et l’interprétation de Codes et de milliers de textes législatifs et règlementaires.

Par un accident de l’histoire, ça ne s’est pas passé comme ça en Angleterre.

La Common Law, au XIIIe était essentiellement basée sur des formulaires-types. Des cases, des champs, mais qui sont assez restreints. Pas très flexible, pas très souple. Dès qu’une cause est compliquée, pas possible de la soumettre à une cour. La solution qui était alors utilisée était d’en appeler à la conscience du Roi. Conscience qui ne peut pas s’échapper puisqu’elle est gardée par le Lord Chancellor (gardien de la conscience du Roi !), qui peut donc dire que telle ou telle situation est incautionnable et que justice doit être rendue de telle ou telle façon. C’est ce que l’on a appelé des petitions of rights.

Et ça s’est développé, alors on a créé une juridiction spéciale, la Court of Chancery. Cette cour était explicitement en concurrence avec toutes les cours de Common Law, appliquait des règles différentes, selon des procédures différentes, beaucoup plus souples, sans règles aussi fixes que la Common Law, pourvu que justice soit rendue dans chaque cas soumis.

On s’est rendu compte qu’il y avait un problème, alors on a décidé de réformer la Common Law pour autoriser un raisonnement en causes of action plutôt qu’en forms of actions. Résultat : des procédures beaucoup plus libres et un droit de Common Law qui peut plus librement se développer. On a par la suite fusionné la Court of Chancery parmi les cours de Common Law (Supreme Court of Judicature Act 1873). Plus d’évolution notable depuis.

L’avantage de ce véritable droit mou, avec des principles plus que des règles, avec un objectif de justice et d’équité plutôt que d’applications des règles par elles-mêmes et pour elles-mêmes, c’est l’Equity. C’est un système juridique à part, appliqué par les mêmes juges et les mêmes cours, mais avec un raisonnement complètement différent, qui apporte des solutions dans ce qui est en France connu comme le droit des sûretés, des libéralités, des contrats, de la responsabilité, ou de la propriété.

Votre cadeau de Noël, c’est cette vidéo hautement trippante (attention : je me suis surpris à la chanter pendant une semaine après quelques secondes d’écoute) qui explique un concept cher à l’Equity, connu sous le nom de « bona fide purchaser » ou, moins sobrement, d’Equity’s darling (« chéri de l’équité »). Sans nécessairement comprendre les concepts de droit de la propriété dont il est question (et dont j’aurais beaucoup de mal à trouver un équivalent français), je pense que vous pourrez comprendre simplement que quand on laisse des juristes en liberté, on peut avoir des solutions pragmatiques et de bon sens. Ou des solutions complètement absurdes qui plantent la sacro-sainte rationalité juridique. Question de point de vue !

Joyeux Noël !

A contrario

On ne le dira jamais assez :

La plupart des films et des musiques téléchargeables en peer-to-peer sont protégées par des droits d’auteur. En dehors des œuvres et logiciels libres de droits, télécharger constitue une contrefaçon, infraction punie de trois ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende (article 321-1 du Code pénal). Cela prive les artistes du juste revenu de leur travail et cela nuit à la diversité de la création artistique, les « petits » artistes étant plus pénalisés que les autres.

(Internet-signalement.gouv.fr, « Portail officiel de signalement des contenus illicites de l’Internet », Internet prudent)

C’est moi où c’est une affirmation manifestement aberrante ? Supposons que je sois un artiste sans ressources (la chose la plus dure à supposer est que je sois un « artiste »). Je n’ai pas de moyen. Tout juste de quoi télécharger (illégalement) un logiciel de mixage, et télécharger (illégalement) des fichiers musicaux pour les sampler. Je vais bien créé une oeuvre (pour peu qu’elle soit originale), qui respirera bon la diversité artistique.

De toute façon, ça tombe bien, je ne télécharge jamais les oeuvres des « petits » artistes.

Eloge funèbre d’un pigeon mort

Oui, parce que faire un éloge funèbre d’un pigeon vivant, c’est plus difficile.

Depuis début juillet, et jusqu’à fin août, je suis guide (touristique) dans un château (qui vous restera inconnu). Évidemment, c’est une activité qui occupe bien l’été, et je pense avoir très peu de temps pour bloguer décemment (si l’on y ajoute que la plupart de mon temps libre est occupé par des préparatifs divers de ma fuite à l’anglaise, et en ce moment, les aspects bancaires me préoccupent assez).

Assurément, je pourrais faire toute une flopée de billets sur la nécessité de parler anglais quand on fait visiter des châteaux dans le Sud-Ouest de la France, ou sur les questions les plus idiotes que l’on m’ait jamais posé (immédiatement suivi d’un billet sur mes bourdes les plus monumentales). Mais là, je crevais d’envie de vous raconter l’histoire d’un… pigeon mort.

Dans « mon » château, il y a une partie médiévale, avec un magnifique donjon, dans lequel lesdits columbia livia ont installé leurs impériales demeures. Y a des nids un peu partout, et nul besoin de lever les yeux pour s’en convaincre, il suffirait même, plutôt, de les baisser (et de faire un peu attention où on met les pieds quand même).

Et au milieu de la cour médiévale, se trouve un pigeon mort. A vue de nez, pas vraiment un cadavre « frais ».

Le premier jour, je m’y suis un peu intéressé, me demandant si quelqu’un s’en occuperait (en préférant que ce soit le personnel d’entretien, et pas les enfants qui ont une curiosité naturelle pour ces choses). Puis, le pigeon m’est sorti de la tête.

Le deuxième jour, je me suis surpris qu’il soit toujours là, on fait quand même dans le tourisme. Sans donner suite.

Et puis, le troisième jour, je ne le regarde même plus, il fait partie des meubles.

Et puis, là, hier (bien deux semaines après le « premier jour »), profitant d’une accalmie sensible dans le flux ininterrompu de touristes qui viennent pour assister aux représentations de votre serviteur, l’idée m’est revenue, et je me suis demandé ce qu’il était prévu pour offrir une dernière demeure à notre ami (proposant un sac poubelle dans un élan de colombophilie).

Je me suis même proposé pour faire la sale besogne, mais ni pelle, ni gants dans le château, et la « chose » n’invitait pas vraiment à ce qu’on la prenne à mains nues.

Mais j’ai alors découvert qu’il s’agissait d’un « vieux dossier », un serpent de mer qui ronge les relations sur le site entre les personnes qui se sont intéressées à ce pigeon.

En fait, le responsable du site (refusant de s’en occuper lui-même, parce que « ça ne figure pas dans ses attributions, ni d’ailleurs dans celles d’aucun employé permanent sur le site« ) devait donner un projet d’ordre de mission à la « société mère », que celle-ci ratifiera, afin d’autoriser le responsable à prendre rendez-vous avec un prestataire de service spécialisé, chargé de l’entretien, d’exercer son art (pour le pigeon, et d’autres choses). Entre temps, défense d’y toucher, parce que le pigeon représente une sérieuse menace sanitaire.

Ça m’a fait rire aux larmes jusqu’à la visite guidée suivante. Viendez, m’sieurs dames, il est beau mon château !

Semaine fraich’attitude à l’Université

Une information qui ne manque pas de saveur !

Les « petites annonces d’OSB IV » ?!

Visiblement, OSB4 a trouvé un moyen cheap pour communiquer : le Web.

[youtube zVPWxJ3KXBY]

Vous entendrez et comprendrez mieux la deuxième fois que vous passez la vidéo. Et même, 3, 4, 5 fois.

Je voulais sortir un commentaire, mais, finalement, je préfère le réserver. Et vous, vous en pensez quoi ?