Le jour même du départ Tony Blair, la gauche française, qui a toujours vue en elle un ennemi, annonce la création d’un shadow cabinet. On est donc entré dans la saison des éclipses.
Eclipse heureuse. Créer un contre-gouvernement permet, d’abord, aux ministres de savoir qui sera leur contradicteur. Dans la réalité, il me semble que les choses étaient déjà acquises, mais pas officialisées. Il est évident que les critères de la compétence ou de l’intérêt jouent dans le travail parlementaire : Didier Migaud prépare la littérature socialiste sur les questions budgétaires ; Gorce sur les questions relatives aux affaires sociales. Néanmoins, leur leadership ratione materiae n’est pas suffisamment mis en valeur, auprès des médias, comme auprès du gouvernement.
Reste à voir comment les choses se mettent en place. Si cette initiative signifie que le contre-ministre supervise le travail parlementaire sur une question donnée, gère un dossier en prenant tous ses aspects, alors ce sera bien. Si c’est pour entendre les éléphants, qui n’ont pas toujours la capacité de maitriser leurs sujets, et lisent des fiches préparées pour eux, ça n’aura servi à rien. L’institution du contre-gouvernement doit permettre de mettre un nom sur une politique : de la manière que l’on a pu dire qu’il y avait un style Sarkozy à l’intérieur, il devrait y avoir un style Valls au contre-ministère de l’Intérieur.
Il me semble également que c’est un bon moyen de vivre la démocratie. Une personne qui défend un dossier unique jusqu’au bout, c’est plus efficace qu’une armée de petits parlementaires qui souhaitent s’occuper de tout ; de la sorte, je pense que les électeurs sont mieux représentés, sans que, pour autant, la démarche d’un contre-ministre soit césariste. Cette personne est également l’interlocuteur privilégié d’un ministre, dans des secteurs qui ont parfois cruellement besoin qu’un certain consensus qui se forme. La compétence aide parfois à dégager ce consensus. C’est également une pratique intéressante pour que les différents acteurs de la gauche, qui ne se résume pas au seul Parti socialiste, ni même aux seuls partis politiques, trouve également un interlocuteur, et, qui sait, peut-être accorder ses violons. Enfin, en matière de politique internationale, ou en matière constitutionnelle (avec le nouveau droit de veto des socialistes, dans un domaine où la majorité des 3/5 de tous les parlementaires, sénateurs compris, empêche la droite d’en faire ce qu’elle souhaiterait), c’est à mon avis la seule manière pour que l’intérêt général, finalement, en ressorte gagnant.
J’ai l’impression que ce contre-gouvernement ressemble beaucoup à un gouvernement Raffarin. Beaucoup de personnes inconnues de l’opinion publique, mais qui, visiblement, présente sans doute des garanties de compétence. Pas d’éléphants, qui seront sans doute occupés à se répartir la savane, jusqu’à ce qu’ils se rendent compte qu’elle ne leur appartient pas.
Non, franchement, je suis plutôt content. Espérons que cela tourne !
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PS : Contrairement à une idée qui commence à se répandre, le contre-gouvernement, même en France, n’est pas quelque chose de nouveau. Dès 1965, sous la FGDS, un certain François M. en avait eu l’idée. On mesure aujourd’hui le succès de cette initiative…