Quand on y jette un œil naïf, l’emploi du temps anglais est désert. Seulement 2 heures de cours (lectures), et une heure de « travaux dirigés » (seminars) par semaine pour chaque matière, avec 4 matières, cela fait un emploi du temps de 12 heures, qui ferait rêver n’importe quel étudiant français.
A titre de comparaison, mon emploi du temps en L3 à Bordeaux IV était considérablement plus chargé, puisqu’il y avait 33 heures à y placer. Auquel il faut rajouter le temps passé chez soi à préparer les travaux dirigés (pour les au moins 2 commentaires d’arrêt/dissertation rédigés à rendre par semaine). Résultat, il ne reste que fort peu de temps pour avoir une vie hors du droit, ou pour, à l’inverse, faire un véritable travail personnel, ne serait-ce que pour suivre le contenu des cours. J’ai toujours été profondément admiratif vis-à-vis de ceux qui trouvaient le temps pour faire ce travail personnel, n’y étant jamais arrivé.
Mais il ne faut bien sûr pas regarder ça d’un œil naïf. La différence n’est pas en terme de volumes horaires, mais plutôt en termes de stratégie.
En France, j’ai souvent (toujours ?) eu des profs qui commençaient par dire que le cours se suffisait à lui-même, et de continuer dans le même souffle en demandant un travail personnel. Mais si on ne peut rien rajouter au cours, ou qu’il n’est pas nécessaire de le compléter, où peut-on faire du travail personnel ? Purement hypothétique par ailleurs, puisque de toute façon, l’immense majorité des étudiants dont je suis ne trouvera pas le temps de compléter le cours, vu l’investissement demandé par les travaux dirigés. Et combien de fois les étudiants ne commencent à bachoter le cours qu’à, disons, deux semaines avant le début réel des examens, pour être gentil ?
En Grande-Bretagne, logique complètement différente. Le cours ne peut pas se suffire à lui-même, c’est impossible. Déjà, les cours ne se dictent pas. Le prof (qui ne change pas seulement selon la matière, mais également selon la leçon à donner dans une même matière) fait véritablement une conférence, avec Powerpoint en mains, et les étudiants retirent le squelette de la conférence, prennent véritablement des notes, et vont ensuite compléter le cours donné par leurs recherches personnelles (recherches néanmoins guidées, puisque le prof donne toujours des références précises vers des manuels). Il faut compter à peu près 7 heures de travail personnel par matière… et pour que le système ne soit pas hypocrite, pour permettre vraiment le travail personnel, et bien l’emploi du temps est vide pour permettre à tout le monde de travailler. 7 heures x 4 matières, soit 28 heures environ de travail personnel, ce qui fait un « temps de travail » de 40 heures, largement équivalent à ce qui est pratiqué en France.
Reste une grosse différence : les seminars.
En France, trop souvent, l’étudiant doit maitriser le sujet avant d’entrer dans la salle de TD. Il a normalement déjà fait le commentaire/la dissertation, ou le cas pratique demandé, et a nécessairement dû réviser le cours pertinent (toussote). A Bordeaux IV, un TD était coefficient 3, l’examen final coefficient 5.
En Grande-Bretagne, la préparation d’un seminar consiste en quelques lectures de documents (certains imposés, d’autres conseillés), et à quelques questions essentiellement de compréhension de ces lectures, et jamais vraiment profondes. Mais surtout, l’important est vraiment que l’on ait compris en sortant de la salle (ce qui ne veut pas dire qu’on puisse y arriver les bras croisés). Il y a une évaluation, mais qui en proportion est considérablement moindre : 4% de la note finale (contre 38% à Bordeaux IV), ce qui libère peut-être plus pour poser les questions. Ces seminars sont cadrés avec le cours, et vont finalement encadrer par magie ce fameux « travail personnel ». Les étudiants sont loin d’être laissés à eux-mêmes, mais ce sont eux qui doivent faire le boulot.
Au fait, oubliez le groupe de TD à 40 (rires dans la salle) où vous devez vous battre pour tenter d’avoir la parole. Ici, les groupes sont de 16. Et, oui, à ce tarif-là, vous n’avez pas des doctorants qui comprennent aussi bien que vous les subtilités juridiques de la plaquette, mais sont des solicitors, des barristers, des magistrats. Un universitaire anglais, ça n’existe pas, et si ça existe, on les a tous pendus en 1689.
Vous avez compris ce que je veux dire : l’enseignement supérieur français s’est recadré sur le mode du lycée, tout en conservant le dogme universitaire, alors que le système universitaire britannique reste véritablement… universitaire, mais si possible sans avoir le dogme qui veut que l’on nie ce qui se passe après les études universitaires.
A cela, s’ajoute les workshops, optionnels, qui permettent « d’aller plus loin ». Par exemple, vous avez des workshops pour apprendre à utiliser Lexis, Westlaw, savoir comment utiliser Word 2007 pour rendre les devoirs (note : tout est informatisé, ce qui permet de détecter les éventuels plagiats et problèmes de références, considérations bien trop lointaines en France, un pays avec des universitaires et des étudiants honnêtes), apprendre la langue anglaise ou tout et n’importe quoi en rapport avec votre diplôme. Il peut y avoir des workshops d’une heure ou deux, ou une inscription pour de véritables cours qui se rajoutent à l’emploi du temps pour plusieurs semaines. Des modules véritablement « à la carte ».
Mais en-dehors des lectures, seminars, workshops, et du travail personnel universitaire, il y a de quoi s’occuper. Chaque étudiant -dont votre serviteur- adhère à de nombreuses societies (associations), ce qui permet de réunir des personnes qui ont les mêmes centres d’intérêts. Parmi elles, la Kent Student Law Society, qui, certes, organise beaucoup d’évènements festifs que je vous laisse librement découvrir sur son site web, mais s’occupe également des rencontres avec de futurs employeurs. Si on compte les réunions, les socials, et les divers évènements qui peuvent parfois s’étaler sur plusieurs jours, ça peut prendre également vite beaucoup de temps. Ça peut paraitre innocent et très facultatif en perspective, mais s’investir dans ce genre de structures permet de ce côté-là de la Manche de faire reluire un CV, et, surtout, de vivre à fond l’expérience de l’université.
Ajoutez à ça le rythme de vie (tout est plus rapide) et la vie étudiante, et franchement, vous pourrez commencer à vous demander si vous arriverez à faire face à toutes vos obligations.