Carnet Bordeaux IV

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Le meilleur d’entre nous

Un billet à la mode Embruns. A l’heure où Bachar el-Assad participe aux festivités du 14 juillet, l’Université Bordeaux IV n’est pas en reste avec les grands philanthropes.

[...] La pensée de S.A.R. le Prince Moulay Rachid, conforté par quatre autres années de recherches assidues, confronté aussi à des problématiques diverses, est entré dans une quête intellectuelle pour soutenir ensuite à l’Université Montesquieu Bordeaux IV, le 18 mai 2001 devant un large public, une thèse de doctorat en droit sur l’Organisation de la Conférence Islamique. Après un brillant exposé, à l’unanimité le Jury lui a décerné la mention «Très honorable et les félicitations».

[Le Matin, "Le Maroc célèbre le 38e anniversaire de S.A.R. le Prince Moulay Rachid"]

Pour avoir crée un faux profil du prince Moulay Rachid frère du roi Mohammed VI sur Facebook, Fouad Mourtada, un ingénieur informaticien de 26 ans, fut kidnappé par la police pendant trois jours. Pendant le jugement, le juge refusa d’accepter une expertise médicale pour confirmer les actes de torture. Fouad Mourtada fut condamné de manière expéditive à trois ans de prison ferme et 10 000 DH (près de 1000 €) d’amende. Cette condamnation entraîna un large mouvement de protestation et de soutien dans la blogosphère marocaine ainsi que dans le reste du monde. Il est libéré le 18 mars 2008 par une grâce royale.

[Wikipédia, "Moulay Rachid"]

C’est thèse est une vieille histoire (2001), mais je l’apprends un peu par hasard.

Et je ne suis pas très fier de mon université, qui aurait eu toute latitude pour conseiller plutôt à cet illustre étudiant, Dieu le bénisse, d’aller soutenir sa thèse dans une bien meilleure université pour faire rayonner tous ses talents. Elle a préféré endosser la responsabilité d’avoir un étudiant si « exceptionnel« .

Le clou :

L’ancien Premier ministre français et maire de Bordeaux, Alain Juppé, a exprimé son bonheur suite au succès retentissant que S.A.R. le Prince Moulay Rachid a remporté lors de la soutenance de sa thèse de doctorat en droit.

[Maroc Hebdo International, Une recherche de référence]

Le prince Moulay Rachid est le fils cadet d’Hassan II, et l’actuel héritier du trône jusqu’à la majorité (16 ans) du fils de Mohammed VI.

Elections étudiantes : persevare diabolicum

Les élections étudiantes à Bordeaux IV sont décidément une véritable telenovellas. Je suis déjà en pourparlers avec Hollywood pour une adaptation au cinéma des péripéties quatro-bordelaises.

Après une suspension la veille du scrutin, qui avait obligé à refaire une toute nouvelle campagne in extremis, voici donc que les élections sont cette fois-ci complètement annulées.

Vous vous rappelez peut-être du recours de l’UNI ? L’argumentation de ce recours était que l’élection violait la loi LRU du fait de l’existence de collèges électoraux, qui donnaient plus ou moins d’importance aux voix selon la filière et l’année d’études de l’étudiant qui votait.

En effet (c’est du moins ce que je suppose), l’article L. 712-3 du Code de l’éducation modifié par la loi n° 2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités ne contient pas une telle distinction, considérant simplement qu’il y a « de trois à cinq représentants des étudiants et des personnes bénéficiant de la formation continue inscrits dans l’établissement« . A fortiori, le décret n°85-59 du 18 janvier 1985 fixant les conditions d’exercice du droit de suffrage, la composition des collèges électoraux et les modalités d’assimilation et d’équivalence de niveau pour la représentation des personnels et des étudiants aux conseils des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel ainsi que les modalités de recours contre les élections modifié suite à la loi LRU ne comprend de même aucune indication quand à d’éventuels collèges électoraux pour les usagers, alors qu’il en propose bien pour les représentants des enseignants et du personnel administratif.

Le recours avait été écarté par une Commission de contrôle des élections électorales, sise au Tribunal administratif de Bordeaux. Cette commission est instituée par les articles 37 et 38 du décret précité. Ce recours était une condition de recevabilité pour un recours devant le Tribunal administratif. L’UNI a donc pu défendre les mêmes arguments le Tribunal administratif, et obtenir cette annulation des élections étudiantes.

C’est finalement le même type d’erreur que celle qui avait été commise dans l’affaire de la suspension des élections : distinguer là où la loi ne distingue pas.

Logiquement, les précédentes délibérations du CA, CEVU, CS, et du Président qui a été élu par un CA illégal sont annulées.

Je suis certain que cela pose également des problèmes beaucoup plus profonds. Quant à la composition même du futur CA : ce sont les statuts mêmes qui sont illégaux, puisque ce sont eux qui créent ces collèges électoraux. Je ne suis de même pas expert de la LRU, loin s’en faut, mais je me demande s’il n’y a pas quelques grosses difficultés au niveau des dispositions transitoires : j’y lis que le CA comptera forcément 20 membres, qu’il faut élire un CA avant le 10 août 2008, et que, s’il n’y a pas d’élection valable passé cette date, l’université n’aura plus de président.

Bordeaux IV, dernière université de France encore engluée dans les élections.


EDIT osbivien : Sur son blog, OSB4 demande la démission du Président et de son équipe , qui a « montré une fois de plus son incompétence, et son incapacité à mettre en œuvre la loi L.R.U., que nous condamnons avec d’autant plus de force, mais aussi à organiser des élections légales et régulières » (sentiment partagé par votre hôte). On peut critiquer l’opportunisme politique de bon aloi, il n’en reste pas moins qu’on se demande quelle est la légitimité de l’actuelle majorité.

Celle-ci est à tout le moins précaire : seule liste du collège A (professeurs d’université), ayant perdu 2 recours lancés par ses étudiants en moins de 6 mois, d’autant plus que ce sont les statuts même qui sont contraires à la loi LRU, ce qui démontre l’inefficacité totale des conseils centraux de l’université pour assurer le respect du droit, et la représentation sincère des étudiants.

Je serai tout de même surpris que Jean-Pierre Laborde ne soit pas sérieusement mis face à ses responsabilités par Valérie Pécresse elle-même, par le ministère de l’enseignement supérieur, ou par le Recteur : Bordeaux IV fait tâche dans la belle carte de France des universités passées à la LRU, par la seule faute de ses dirigeants.


EDIT du 11 juillet : L’Université a publié un lapidaire communiqué signé de « l’équipe présidentielle », dans laquelle elle annonce son intention de faire appel.

D’un autre côté, les meilleures sources indiquent que le TA n’a pas annulé les délibérations du CA et du CEVU ; il risque donc y avoir des situations un peu ubuesques : la répartition des locaux entre organisations étudiantes est par exemple maintenue, quelque soit les éventuels résultats des futures élections, alors que les locaux ont été attribués en fonction des résultats à des élections aujourd’hui annulées. Le vice-président étudiant sera également toujours en place, alors que rien n’indique qu’il sera forcément réélu pour les futures élections. A force de vouloir simplifier les choses, on risque de devoir les compliquer…

Grosse semaine pour Bordeaux 4

En quelques jours, deux (bonnes ?) nouvelles pour Bordeaux 4 !

D’abord, peut-être en avez-vous entendu parler, l’Université de Bordeaux (le pôle d’enseignement supérieur et de recherche, qui regroupe les universités bordelaises, trois écoles d’ingé’ et Science-Po) bénéficiera de l’opération Campus. Bordeaux fait partie du premier lot, avec Grenoble, Lyon, Montpellier, Strasbourg et Toulouse. Vous pourrez vous même lire son projet ici. Reste maintenant à faire véritablement un projet immobilier ; Bordeaux 4, loin d’être une fac en ruine et aux bâtiments plutôt récents (le projet cite surtout Bordeaux 1), pourrait néanmoins en profiter : vers la fin des préfabriqués qui s’y trouvent ? Réponse en novembre 2008.

Ensuite, le premier CA, dans sa nouvelle composition a eu lieu le 28 mai, et qui avait presque exclusivement pour objet de nommer les personnalités extérieures, avant de procéder, le 3 juin, à l’élection du Président de l’Université.

Certaines de ces personnalités extérieures doivent être désignées par les collectivités locales : c’est le cas de la CUB, du Conseil régional… et de la ville de Bordeaux, ce que je considère comme quelque peu curieux étant entendu que le principal des étudiants se trouve… à Pessac.

D’autres noms, en revanche, sont proposés par le Président (sortant), et ratifiés par le Conseil d’administration. Le site web de l’Université nous apprend qu’il s’agit de :

M. Jean-Philippe BRINET, Directeur du comité régional des banques, Directeur Général de la CIC, société bordelaise

Mme Catherine DUBOSCQ, Secrétaire générale de l’Union régionale CFDT Aquitaine, membre du bureau national confédéral de la CFDT

M. Clément FAYAT, 75 ans, chef d’entreprise du Groupe FAYAT, 40e fortune de France, avec un patrimoine estimé à 1 200 000 000 € (j’ai mis tous les zéros simplement pour le plaisir).

M. Claude JORDA, Président de section à la cour nationale du droit d’asile – Ancien Président du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (et juge à la Cour pénale internationale)

M. Jean-Louis NADAL, Procureur général près la Cour de Cassation

Forcément, quand on voit ses derniers noms, on bondit, on s’esclaffe, on croit à un canular ou à une blague. J’avoue que ma première réaction a été de glousser comme une gamine de 14 ans, me demandant quand est-ce que je pourrais avoir un autographe de Jean-Louis Nadal.

Et puis, vient le doute. Se déplaceront-ils seulement ? On me dit qu’ils enseigneraient déjà à l’ENM, ce qui simplifierait leur organisation. S’investisseront-ils dans l’Université ? On peut en douter au regard de leurs multiples responsabilités, quand bien même il serait opportun que ces « personnalités extérieures » s’investissent effectivement dans l’Université. Et si ces noms avaient, aussi, pour vocation à attirer des financements extérieurs ?

Prochain CA mardi. On verra bien si j’aurai un autographe (ou un chèque !).

Semaine fraich’attitude à l’Université

Une information qui ne manque pas de saveur !

Cordialité partagée !

J’avais promis de ne pas bloguer pendant cette période de révisions, mais, juste en vitesse, je voulais vous faire partager de ma fierté d’avoir reçu ce commentaire :

Fabien | danstoncul@cherche.fr | IP : 86.64.30.195

On a rarement lu autant d’ignorants bla-blater de choses qu’ils ignorent… sous couvert d’une pseudo-analyse scientifique…

Très peu cordialement…

Ce message était en commentaire du billet « Les nouveaux étudiants de Bordeaux IV : corpoticides et progressistes ?« .

D’abord, cher Fabien, je comprends que l’on ne parle pas aux cons, ça les instruit. Ce n’est néanmoins pas mon point de vue, une chose (de plus ?) qui nous distingue.

Ce n’est pas pour moi que j’écris ce billet (des commentaires un peu agressifs, j’en ai reçu plein, et j’ai une réaction assez paradoxale), mais pour les lecteurs et commentateurs de ce blog, parmi lesquels figurent, notamment, la majorité des élus étudiants à Bordeaux IV (et de toutes obédiences confondues par ailleurs, UNEF, OSB4, Esprit étudiant, à ma connaissance). Je crois qu’ils n’ignorent pas la situation, ils doivent même la connaitre mieux que moi, à l’évidence.

Quant à ma petite et insignifiante personne, je n’ai jamais eu aucune prétention scientifique, et je l’ai clairement dit dans le billet en question. En revanche, si mes analyses sont par essence contestables, les données dont je fais état, elles, le sont quand même bien moins, puisqu’elles proviennent de l’administration de Bordeaux IV elle même.

La raison pour laquelle je ne publierai pas ton commentaire, c’est qu’il n’apporte strictement rien au débat (ce qui ne m’empêchera pas de le commenter). J’apprécie lorsque l’on est en désaccord avec moi, parce que très souvent ce désaccord aboutit sur des corrections d’erreurs ou des remises en cause. C’est toujours positif. Mais le faire avec des arguments aussi circonstanciés me scotche sur place ; j’en perds mon anglais.

Je ne compte pas répondre à ton adresse email, bien sûr. Alors, pour me distraire un peu plus et répondre au challenge, j’ai cherché à qui pouvait donc appartenir cette adresse IP, telle qu’elle m’a été délivrée par ma plateforme de blog. Et voici l’identification du propriétaire de cette adresse IP :

inetnum:         86.64.30.192 - 86.64.30.223
netname:         MAIRIE-DE-BORDEAUX
[...]

La Mairie de Bordeaux ? Un « Fabien » ? Non. Ce ne peut pas être possible !


Sur Internet, quand même, les gens se lâchent, sous couvert de l’anonymat ! :D

Vote à bulletin secret à Bordeaux 4 : 64,8 % contre le blocage

Vendredi a eu lieu, comme attendu, une consultation à bulletin secret des étudiants de Bordeaux 4, qui devaient répondre à la question « Pour ou contre le blocage« .

Cette consultation n’a bien sûr, à l’origine, aucune valeur décisionnelle. C’est une consultation organisée par le Président, mais il n’est jamais tenu par la décision, pas plus, d’ailleurs, que par le vote d’une assemblée générale. La décision de fermer l’université est quand même une décisions trop grave pour être (heureusement) laissée aux seuls étudiants. Par ailleurs, s’il y avait eu une majorité pour le « blocage », cela n’aurait pas justifié une fermeture administrative, ni, non plus, un blocage à durée indéterminée. Donc, bien sûr, l’exercice de démocratie avait un biais, puisqu’on cherche un vote qui légitimera a posteriori la venue de CRS sur la fac. Cherchez l’oxymore entre « démocratie » et « biais ».

En gros, donc, le contexte était plutôt celui d’un exercice malhonnête, d’un jeu, dont l’objectif était de désinformer plus les étudiants qu’ils ne l’ont jamais été. J’ai entendu un membre de la corpo de droit (Energie Etudiante, affilié FAGE) signifier à un étudiant de première année que si le blocage était voté, son diplôme n’aurait absolument aucune valeur, et qu’il ne pourrait demander aucun master 2… Quant aux bloqueurs, c’était à qui faisait passer la loi Pécresse pour plus grosse qu’elle n’aurait jamais voulu l’être…

Je suis toujours abasourdi par le fait que ma fac se mette dans tous ses états pour une chose aussi insignifiante que la loi Pécresse. Cette loi n’est pas la loi de casse sociale que j’entends, pas, non plus, une loi de privatisation de l’enseignement supérieur. Cette loi est juste nulle, parce qu’on a fait une réforme vite-vite, qu’elle ne changera rien de sensible pour les étudiants, et même le lifting de la gouvernance d’université n’aura pas forcément les résultats attendus.

Mais bon, ce vote à bulletin secret à eu lieu. Ça fait grand démocrate. Qui s’en plaindrait ? Mais pour pallier au risque de la démocratie, tout semblait être fait pour que le vote contre soit le seul possible. La communication autour du « référendum » était faite par des affiches sur lesquelles on retrouvait la formule « Pour que la démocratie l’emporte, votez » : venant de la présidence, il ne faut pas seulement que la démocratie l’emporte, mais surtout les anti-bloqueurs. La « campagne » contre le blocage était également menée par le moyen de petits tracts imprimés par l’université, diffusés par les « associations étudiantes » (énergie étudiante, mais aussi, particulièrement, la Confédération étudiante ; lors de la dernière campagne électorale, ces deux là s’injuriaient littéralement par amphis interposés, mais visiblement, tout va bien entre eux maintenant).

Ces associations étudiantes, qui représentent les étudiants au Conseil d’administration, et qui y sont d’ailleurs rarement présents, ont même, chose exceptionnelle, ouvert un site web ; je m’en plains pas, mais j’aurais aimé que ce soit également le cas quand les règles des examens ont été modifiés. Mais bon, les règles d’examen, c’est une chose lointaine qui n’intéresse pas les étudiants. A l’inverse des pouvoirs du Président de l’Université.

Les résultats sont clairs : 3 000 votants, 2 000 pour, 1 000 contre. Visiblement, le spectre du communiste aux cheveux gras fait encore peur. Surtout aux adeptes du Ralph Lauren avec l’autocollant rouge et blanc. J’ai surtout tiqué sur le communiqué du Président, et j’ai l’impression qu’il me dit « tout va bien, va voir ailleurs« . Il y a des communications qui ne trompent pas.

Maintenant que l’on sait que Bordeaux 4 peut être consultée sans heurts, je propose les consultations suivantes, qui auront la même portée :

  • pour ou contre la calvitie ?
  • pour ou contre les sifflets quand un prof ou un étudiant arrive en retard ?
  • pour ou contre les marques distributeurs ?