L’Irlande a donc dit non à la ratification du traité de Lisbonne.
On ne pourra pas demander à l’Irlande de revoter comme c’était le cas pour le traité de Nice : cette fois-ci, la participation était suffisante.
On peut gloser sur les causes de ce résultat du référendum. Les premières raisons sont effectivement le fait qu’un bon tiers n’a pas compris ce qui devait être ratifié. Comptez également un bon tiers de personnes qui pouvaient croire de bonne foi que ce traité pouvait obliger l’Irlande à accepter l’avortement. Puis, un seul vrai tiers de personnes qui pouvaient être eurosceptiques au sens noble du terme.
Le traité de Lisbonne est donc mort. Pas l’Europe, et certainement pas l’Union européenne.
Ne trouvez-vous pas un peu indécent que 885 000 électeurs, d’un pays qui n’est pas un pays fondateur de l’Union européenne engage l’avenir de la construction européenne ?
On peut dire que l’UE ne protège pas les citoyens, reste inactive et ne mène pas de politique de grande envergure. C’est justement l’objet du traité de Lisbonne : avec les institutions actuelles, avec la grande place laissée à l’unanimité, une politique d’envergure n’est pas possible, parce que tout le monde trouvera toujours quelque chose à redire.
Ce n’est certainement pas un rejet de l’UE par les Irlandais : sinon, ils auraient au contraire voté pour le traité de Lisbonne, qui permet un référendum d’initiative populaire pour demander à sortir de l’UE. Et sans l’UE, on ne cesse de le répéter ces derniers jours, l’Irlande ne serait certainement pas le pays avec la plus forte croissance de l’UE.
Je ne ferai pas le coup de l’indigence crasse des Irlandais. Je m’interroge plus globalement sur la possibilité d’une construction européenne plus profonde. Oui, l’UE, c’est compliqué. Non, aucun traité ne pourra être simple. Oui, dans ces conditions, on peut faire croire n’importe quoi à une population pour qui l’UE est brandie comme un bouc émissaire.
La seule façon, pour les chefs d’États et de gouvernement de s’en sortir, ce n’est pas de sortir un nouveau traité. Il sera rejeté dans les mêmes termes. Mais, puisque la situation est durablement bloquée, prendre le temps de répondre point par point aux arguments des nonistes, qui ne sont souvent que leurs propres caricatures. C’est s’abaisser à des discussions du rang du café du commerce, mais c’est aussi la démocratie.


Commentaires 6
La vraie démocratie ne serait-elle pas de soumettre ces traités à un référendum organisé le MEME jour (ou tout au moins le même week-end pour tenir compte des pays qui n’organisent jamais de scrutins le jour du Seigneur) dans TOUS les pays de l’Union ?
Publié 14 juin 2008 à 9:11 ¶Sans doute, dans cette hypothèse, les vélléités de régler son compte au gouvernement national au travers d’un scrutin dont ce n’est pas l’objet seraient-elles plus réduites, l’effet de masse pouvant faire réfléchir le bon peuple avant d’opérer un vote protestataire.
Sauf que les gouvernements n’en veulent pas, car ce serait reconnaître, quasiment, l’existence d’un peuple européen, et d’un pouvoir constituant européen.
Je ne trouve pas du tout scandaleux qu’un pays non fondateur puisse bloquer le processus, ou que 885000 électeurs puissent bloquer le processus. Après tout, si on avait organisé le scrutin le même jour partout, il y aurait pu avoir 885000 électeurs aussi pour bloquer l’adoption du traité.
Non, ce qui est très inquiétant, c’est l’absence de volonté politique. Les roitelets nationaux sont trop content de garder cette parcelle de leur pouvoir. En attendant, l’Europe va se faire bouffer sur la scène internationale.
Publié 14 juin 2008 à 13:55 ¶Bien je suis ravi de cette nouvelle et je me demande pourquoi les gens votent encore pour les partisans de l’europe de la casse sociale,de l’équibre budgétaire,de la politique monétaire friedmanienne.Les peuples européens ne comprennent pas le traité sans doute,mais pourquoi votent il ?Se sentent ils concerné?quelles seraient les attentes des peuples européens sur un traité?
Publié 14 juin 2008 à 17:38 ¶Je pense que les européens veulent un texte avec des convergences sociales,imposant à terme une sécurité sociale européenne,imposant à terme un salaire minimum européen,un rmi européen.Je pense très franchement que les parlementaires européens sont à mille bornes des préocupations de leur electorat ,preuve d’une défaillance de notre système démocratique embourgeoisé !
Ouh, Lolo, je n’en attendais pas moins de toi. Mais ton ennemi, ce n’est pas le traité de Lisbonne, mais le fonctionnement actuel des institutions.
T’en as un exemple parfait avec l’histoire de la semaine de 65 heures : si on a repoussé la limite du maxima à 65 heures, c’est justement parce qu’il fallait l’unanimité. Avec une majorité qualifiée, on aurait parfaitement pu poser ce maxima à 45 heures, ce qui aurait déjà été pas mal, et voire même encore plus bas.
C’est ça qui bloque le système communautaire : aujourd’hui, si les Etats ne veulent pas, il n’y aura rien. Pour contraindre, il faut un Parlement plus fort, et des majorités qualifiées. C’est ce que veut faire le traité de Lisbonne. Mais un modèle doit être politiquement neutre, sinon, tu peux être assuré que ton truc ne passera pas, et même pas en France !
Publié 14 juin 2008 à 19:56 ¶Durant mon enfance, les mots « Espagne » , « Portugal » et « Grèce » rimaient avec dictatures, c’est-à-dire qu’aux portes mêmes de la France (ou presque) existaient encore des régimes totalitaires.
Publié 14 juin 2008 à 20:53 ¶Le souvenir des images télévisées du roi d’Espagne, exhortant les généraux à la fidélité pour désomorcer la tentative de coup d’Etat d’un officiers supérieur, tirant des coups de feu au Parlement me rappelent que cette partie de l’histoire du continent reste très proche.
A l’est, rien de mieux, l’URSS était à son apogée et les pays dits « frères » gentiment mis au pas, bien que Monsieur Georges Marchais en trouvait le bilan « globalement positif ».
Alors, les gens de ma génération et celle d’avant, apprécient d’autant plus la construction européenne, la libre circulation et la monnaie unique : quelle évolution, quelle révolution !
Pour vous qui êtes juristes en devenir, vous voyez encore mieux que moi se dessiner enfin une Europe de la coopération judiciaire : effectivité du mandat d’arrêt européen, parquet européen en passe d’être mis en oeuvre….
Au lendemain même de la Guerre, la France et l’Allemagne ont commencé la construction de l’Europe par la CECA, les prémisses de l’union industrielle, non polémique car vitale pour impulser la reconstruction d’après guerre.
En 2008, l’Europe apparaît hélàs comme une énorme machine fonctionnarisée et, donc, démocratiquement illégitime….c’est éminement regrettable mais c’est, à mon sens, le principal grief des peuples et donc des électeurs !
La lutte des classes est morte et bien morte, heureusement, nonobstant, les citoyens ne veulent pas être tenus pour de simples « avaliseurs » ou de signataires de chèques en blanc : il reste à construire une Europe politique au sens le plus noble du terme….mais c’est pas gagné !
« Mais un modèle doit être politiquement neutre, sinon, tu peux être assuré que ton truc ne passera pas, et même pas en France ! » d’erasoft
Publié 15 juin 2008 à 15:40 ¶Trouves tu le traité de lisbonne politiquement neutre?
Pour répondre à philmer je ne vois pas pourquoi on devrait adopter n’importe quel traité les yeux fermés du fait que la construction européenne est une belle idée et au nom de notre passé douleureux.
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