Les examens passés, une licence de droit en poche, j’aurais maintenant du temps pour me consacrer à des choses complètement inutiles. Mais, que nenni, le premier truc que je trouve à faire, c’est de créer mon compte utilisateur pour le site web de Kent.
Le contraste est tel que, rétrospectivement, j’ai l’impression que les étudiants de Bordeaux IV (je ne peux pas parler pour d’autres facs, mais je pense que la situation quant aux TIC y correspond grosso modo) étudient vêtus de peaux de bêtes, chassant leurs sandwichs avec des harpons mal aiguisés, et en sont réduits à utiliser des grottes comme brouillon de leurs dissertations et commentaires d’arrêt, sur des bouquins jaunis et déchirés.
N’essayez pas de comparer.
D’un côté, vous avez une université publique, qui, même si elle jouit d’une certaine autonomie, n’a pas beaucoup de moyens pour faire face à l’ensemble de ces missions, sollicitée par un nombre toujours croissant d’étudiants toujours plus idiots : il n’est pas choquant que pour cette université, fournir des services sur Internet soit largement secondaire, quand il n’y a pas suffisamment de chaises et de tables pour tous les étudiants lorsqu’ils viennent en TD (je ne m’y suis fait prendre qu’une seule fois en 3 ans, j’ai eu de la chance). En plus de ça, la plupart des étudiants ne sont pas demandeurs de tels services (malheureusement), et lorsque des services sont à leur disposition, ils ne l’utilisent pas forcément (et, en grande partie, ne sont pas informés de l’existence de ces services).
Mais de l’autre, vous avez une université publique, qui jouit d’une totale autonomie, dont les frais d’inscription sont limités par le gouvernement britannique à £3,000 (3 800 €), et c’est ce tarif qui est pratiqué dans la plupart des universités… Mais je reviendrai plus tard sur cette question des frais d’inscription, qui mérite bien un billet à part entière. Pour donner un ordre de grandeur, le budget de l’université de Kent est de l’ordre de 120 millions de livres, soit 150 millions d’euros (pour l’année 2006-2007), avec même le luxe d’un excèdent de 2 millions de livres. A côté, d’après ce que je devine, parce qu’aucune information claire n’est apportée, le budget de Bordeaux IV tournerait autour de 25 millions d’euros, et on peut présumer que le luxe serait l’équilibre.
« Mais, bien sûr, si le budget est si élevé, c’est qu’il doit y avoir beaucoup plus d’étudiants à Kent qu’à Bordeaux IV ! » 13 000 étudiants pour Bordeaux IV, 18 000 pour Kent (mais Kent est transdisciplinaire, comprend 18 écoles, pour 82 formations différentes, d’Anthropology à War).
Oser une comparaison serait donc complètement à côté de la plaque. Mais, juste pour le fun, osons-là.
« L’équipement Internet » de Bordeaux IV se résume donc ainsi à un ENT qui tourne sous uPortal. On y retrouve depuis le début de l’année des services, dont certains sont très utiles. Ce n’est pas le cas, en revanche, de l’adresse email académique, dont je ne me suis servi que pour m’inscrire au réseau « Université Montesquieu Bordeaux IV » sur Facebook… En revanche, on retrouve les emplois du temps (très pratique) et les notes obtenues aux examens. Côté documentation, l’ENT permet l’accès à Dalloz.fr, Lextenso, Doctrinal Plus ou Navis, ce qui permet toujours trouver quelque chose à lire en cas d’insomnie. C’est une offre de services de documentation qui me parait tout à fait convenable… on regrette simplement l’absence d’accès à LexisNexis par cet ENT, mais il semblerait que ce soit lié à la politique de cet éditeur qui n’autorise pas d’accès par ENT. Bon, tant pis. Ajoutez-y ensuite l’accès à l’intranet administratif (lui même très léger, et peu à jour), et on a vite fait le tour.
« L’équipement Internet » de Kent n’a plus rien à voir. Après avoir créé votre compte (dont vous choisissez le mot de passe, ce qui n’est pas le cas à B4, et qui complique grandement les choses), vous accédez à.. de si nombreux services que je n’ai pas la prétention d’avoir tous découvert encore.
Principalement, vous avez l’équivalent ENT, qui tourne également sous uPortal, quoique la version soit légèrement plus récente. L’architecture y est conviviale. Les services sont en revanche très nombreux : hormis le mail académique, on y retrouve un emploi du temps personnalisé, avec les examens, ainsi que les dates limites des assessments (les travaux qu’on doit faire en TD), et leurs notes.
Vous avez ensuite le portail WebCT/Blackboard, qui a vocation à donner du contenu supplémentaire aux cours prodigués. Mais je n’y ai pas encore accès, ce qui est tout à fait normal, je ne suis pas encore inscrit dans les modules. De nombreuses universités françaises proposent ce service ; pas Bordeaux IV.
Le plus impressionnant reste quand même le site web de la bibliothèque. On peut y réserver les livres que l’on viendra emprunter, payer ses amendes pour les retards, consultez les annales, et bien sûr, accéder à pléthore de ressources, juridiques ou non. De toute façon, un accès est possible à toutes les ressources disponibles depuis la plate-forme Athens : LexisNexis Butterworths, WestLaw, Justis… et d’autres trucs que je ne connaissais pas encore. Il faut bien dire que ce qui change, c’est aussi l’offre de documentation juridique : il y a évidemment plus d’éditeurs juridiques anglo-saxons majeurs, capable de fournir un portail internet conséquent, que d’éditeurs juridiques francophones.
Ajoutez-y également la possibilité de se connecter par un VPN aux ressources (et aux imprimantes) sur le campus de Canterbury, même depuis votre appart’ à Bordeaux.
Quelques copies d’écran
French-bashing time
Surtout, ce qui me semble différencier B4 de Kent, ce ne sont pas tant les moyens que les demandes des enseignants eux-mêmes. Je pense pouvoir avancer l’idée que l’idée d’un Blackboard sur B4 ne serait pas très soutenue, et si elle devait être implémentée, peu utilisée : à quoi bon dépenser de l’argent dans ce cas. A Kent, en revanche, je crois comprendre que l’immense majorité des professeurs utilisent ces outils. La différence n’est peut-être pas tant au niveau des moyens (dans une certaine mesure, les moyens facilitent, mais ils ne sont pas un critère suffisant) que de la volonté.
Peut-être que tout ceci n’apparait que comme des gadgets pour des g33ks attardés. Ce serait une erreur, parce que franchement, hormis l’intégration (rigolote et anecdotique) de Facebook dans le student portal de Kent, je ne vois aucun service qui n’ait pas pour objectif de simplifier la vie des enseignants (qui n’ont pas besoin d’attendre 40 ans que le service dactylo fasse les bonnes photocopies en nombre suffisants, et qui peuvent sans complexe balancer pleins de contenus qu’ils n’auraient pas oser faire s’ils devaient avoir un quota de photocopies, et qui peuvent avec d’autant plus de tranquillité d’esprit renvoyer vers d’autres ressources très fiables), des étudiants (pas besoin de développer : chaque service est là pour faciliter leur réussite et faire qu’ils aient tout le temps de se consacrer à leurs études, sans s’encombrer de considérations trop matérielles), et de tous les autres, bibliothécaires, administratifs, qui voient la gestion de leur activités quotidiennes grandement faciliter.
Et même, l’intégration de Facebook, on peut la penser comme un moyen d’attirer le chaland sur l’interface Web de la fac, plutôt qu’il s’évade ailleurs (et au lieu de bosser, préfère remplir des quizz qui lui répondent que c’est un obsédé sexuel, ou que c’est un socialiste tendance Delanoë).
La vraie question pour les universités françaises, ce n’est pas de savoir si un jour elles seront autant ouvertes à ces technologies, mais de savoir quand elles le feront. 1 an ? 5 ans ? Les choses peuvent aller très vite, et ne sont pas nécessairement compliquées.


Commentaires 11
Je pense que ce n’est pas une question de moyen financier mais plutôt une volonté des administratifs du pôle numérique.Ils sont ouverts à toutes propositions alors pourquoi pas?
Publié 09 juin 2008 à 1:44 ¶Le titre de ce billet semble en effet très approprié à la situation des universités en France.
Bien que mon anglais soit hésitant, j’ai regardé le bilan financier auquel tu nous renvoyais : très instructif !
En effet :
INCOME (en milliers de £)
Funding Council Grants 50,395
Tuition Fees and Education Contracts 34,884 Research Grants and Contracts 13,076
Other Income 28,095
Endowment and Investment Income 1,151
Total Income 127,601
Ainsi, le montant des droits d’inscription n’est manifestement pas uniformément de 3000 £ par étudiant car 3000 x 18000 = 54 000 000 £ !
Publié 09 juin 2008 à 9:00 ¶Les chiffres indiquent un montant moyen de 34884000 /18000 = 1938 £
Il y aurait donc un système de bourse ?
Si je comprends bien il y a une subvention du « Funding Council » de plus de 50 millions de £ (sic !) : sais-tu ce qu’est ce fonds ? public ?
Par ailleurs, je constate une ligne de « subvention de recherches et contrats » pour la « modeste » somme de 13 millions de £ et une ligne lapidaire « autres ressources » pour 28 millions de £ ….
Bref, connais-tu le système de financement de cette université ? Manifestement, des ressources sont tirées de l’activité de recherche et de contrats commerciaux et d’autres sources (privées : entreprises ? mécènes ?….?)
Sans doute, y’a t’il de grandes leçons de gestion à tirer de leurs modes de fonctionnement….qui se traduisent, comme tu le soulignes, par un excédent de 2 millions £ !!!!
Et encore, il faut regarder un peu plus loin dans leur bilan financier les réserves placées : c’est édifiant !
Bref, Erasoft, dis-nous le secret des universités britanniques….
Phimer : très bonnes remarques, comme d’habitude.
Je crois comprendre que la situation des frais d’inscriptions a évolué très récemment. En 2007, le plafond était plus bas, mais les obligations des universités, moindres. Pour les étudiants qui ont commencé leur cursus après 2007, c’est un nouveau régime qui s’applique, avec un nouveau plafond plus élevé, mais avec une obligation de garantir un « accès équitable » aux universités et l’obligation d’un système de bourse (minimum £300, c’est presque rien). Par ailleurs, dans les étudiants, tous ne font pas full-time, mais beaucoup ont recours au part-time, qui coute bien sûr bien moins cher (600 €x2 au lieu de 3000€ pour la même chose en un an). Par ailleurs, Kent est une université en développement… le chiffre de 18000 étudiants est le chiffre donné par en.wikipedia pour 2007. Ce chiffre était-il le même en 2006/2007 ? Bon, c’est mineur, mais ça peut compter.
La ligne Funding Council correspond à la subvention du HEFCE. C’est un fonds parfaitement public : ces universités sont toutes publiques, celles qui ont un financement exclusivement privés sont généralement médiocres. Mais cela n’empêche pas un complément très notable de la part des étudiants. Une université de qualité coute très cher.
Après, pour le reste, je dois bien avouer que je ne maitrise pas tout à fait le sujet, je ne sais pas à quoi peuvent correspondre ces « contrats ». Mais des « mécènes » peuvent parfaitement donner des sommes à Kent… qui a un réseau d’anciens élèves très développé.
Je promets de demander à Dumbledore, même si j’ai déjà ma petite idée sur la question. Ils n’hésitent pas à mettre les moyens. Mais en France, on ne prendrait que la moitié du système (l’augmentation des frais d’inscription) alors qu’il y a quand même un engagement public très supérieur au standard français, et qu’il y a un système de prêt public qui n’handicape pas trop les étudiants.
Publié 09 juin 2008 à 18:15 ¶« Je promets de demander à Dumbledore »……jeune impertinent !
Publié 09 juin 2008 à 19:31 ¶Attention de ne pas avoir pour punition une retenue durant laquelle tu devras éviscérer un tonneau de crapauds cornus (« HP et la Coupe de Feu » – éditeur bien connu de tous). Hi ! hi ! hi !
Il y a deux questions à résoudre: 1) Quel est le niveau de qualité de service que l’on souhaite pour les universités 2) quelle est la contribution personnelle des étudiants que l’on juge acceptable ? En France, à l’heure actuelle, les réponses sont, respectivement: « faible » et « nulle ».
Avoir des frais d’inscription significatifs n’a pas que des inconvénients: cela permet de responsabiliser les gens, de leur montrer le coût des études. En même temps, c’est un vrai problème d’égalité d’accès à l’université qui se pose alors. Pourquoi pas, alors, ne pas moduler les tarifs d’inscription en fonction du quotient familial ? Par ailleurs, le vrai coût des études comprend aussi les coûts de logement, d’achat de livres, de cantine … L’idée d’un système de prêt public pour permettre aux étudiants de payer tout cela est intéressante.
Publié 10 juin 2008 à 11:32 ¶Décidément, je crois que je vais me mettre tout de suite à faire des recherches approfondies pour expliquer le financement des universités anglo-saxonnes…
Publié 10 juin 2008 à 15:20 ¶« Mais je n’y ai pas encore accès, ce qui est tout à fait normal, je ne suis pas encore inscrit dans les modules »
J’ai vu ça sur un ENT français et, à moins qu’il s’agisse de contenus qui ne sont pas faits maison et qui sont payants ou soumis à des restrictions de diffusion, ou que la moindre lecture ne consomme énormément de ressources, je n’en vois pas la raison.
Publié 15 juin 2008 à 6:07 ¶Apokriff : Simplement, si je suis inscrit « administrativement » à Kent, je ne suis pas encore inscrit pédagogiquement. Ils ne peuvent donc pas savoir quelles matières m’intéressent. L’intérêt étant d’être personnalisé (vu l’offre de formation, afficher tous les contenus serait la première erreur), et d’accompagner l’étudiant au long de l’année, il est donc parfaitement normal que je n’ai encore rien.
Publié 15 juin 2008 à 6:23 ¶En fait j’avais cru comprendre (comme je l’ai vu sur un site universitaire français) qu’indépendamment de l’affichage des « favoris » sur l’écran d’accueil, il était impossible par exemple de lire les cours de pénal si on n’était inscrit qu’à un cours de civil; ce qui me rappellerait aussi une BU française dont le local était divisé en 3 sections étanches, dont l’une arborait un convivial panneau d’interdiction d’entrée aux étudiants des autres UFR – quand bien même ils étaient inscrits à des cours de la discipline en question – ce qui n’est pas un encouragement à la pluridisciplinarité dont on nous discourt officiellement.
Pour parler d’un sujet connexe au droit anglais, je me demandais s’il existait une désignation à la fois courte et précise du droit d’Angleterre et du Pays de Galles (par opposition notamment à l’Ecosse): http://en.wikipedia.org/wiki/English_law semble dire que « English law » recouvre le pays de Galles (du moins la plus grande partie du droit, non spécifique, du pays de Galles), mais les tribunaux ont des noms comme « haute cour d’Angleterre et du pays de Galles », et à moins d’utiliser l’adjectif « anglo-gallois » qui ne semble pas naturel, ou de prendre les Gallois pour des Anglais, ce qui semble méchant, je ne sais pas comment m’exprimer.
Publié 15 juin 2008 à 10:15 ¶Marrant. Ou pas.
English law recouvre également le droit du Pays de Galles. Il y a effectivement 3 systèmes juridiques, en raison des politiques de dévolution, mais aussi à cause des traités d’union entre les différentes « nations » du Royaume-Uni. Malheureusement, je ne vois pas de raccourcis linguistique plus pratique. Le système des cours d’Angleterre et du Pays de Galles est unique, parfaitement intégré, alors que c’est à géométrie variable en Écosse et Irlande du Nord selon la matière.
Publié 15 juin 2008 à 15:07 ¶@Apokriff
L’adjectif « anglo-gallois » semble communément admis :
1. page 44 : http://ec.europa.eu/enterprise/entrepreneurship/craft/craft-priorities/doc/fr_resume_rapport_final.pdf
2. sujet 16.11.2007
http://www.village-justice.com/forum/viewtopic.php?p=134350
3. programme université GRENOBLE
Publié 15 juin 2008 à 19:00 ¶http://www.upmf-grenoble.fr/servlet/com.univ.utils.LectureFichierJoint?CODE=1136892936096&LANGUE=0
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