
Le gala est passé par là : les mœurs estudiantines, échevelées encore il y a (fort) peu sur l’autel des élections, se sont considérablement adoucies. Dans une semaine, le commun des étudiants se demandera si une campagne électorale a bien eu lieu, on en oubliera les coups bas (tellement bas qu’on est finament au-dessus) ; dans quelques mois, certains (une élite !) diront même, l’oeil humide, dans un soupir : « aaah, oui, les élections étudiantes de 2008, je les ai suivi sur erablog« . Mouarf !
Pour une minorité d’étudiants, qui présente cette ineffable caractéristique d’avoir été élue, c’est maintenant que commence (ou se termine…) le challenge. Le challenge n’est certainement pas de construire des lendemains qui chantent à Bordeaux IV, personne n’y croit ; mais de faire des choses, et si possible, meilleures. Ils s’appellent, notamment, Kadir, Delphine, Nicolas, Joseph, Léo, Magali, Anthony, Stéphane, Marine, Dimitri, Loïc ou Aziel, et auront pour tâche de nous représenter, pour le meilleur, et plus certainement pour le pire. M’apprêtant à partir en Angleterre, je ne serais pas là pour les « surveiller » ou jouer au journaliste retors ; mais je crois que je n’étais déjà pas seul à jouer ce jeu-là.
En revanche, il n’aurait pas été possible d’abandonner ces élections sans un petit commentaire. Ooh, pas grand chose. Juste quelques mots sur un petit détail des élections : leurs résultats. Avec graphique, exclus, et commentaires éminemment… contestables.
*
Vous pouvez retrouver ici les résultats des élections étudiantes de 2008.
En exclusivité intersidérale, voici également ici les resultats des élections de 2005, dernières élections en date. Dans 2 ans, j’espère que les étudiants pourront les retrouver. Tous mes remerciements à ma taupe pour s’être procuré ce document.
Les analyses comparatives seront néanmoins difficiles, compte-tenu de la loi LRU, et de la réforme des conseils centraux. Ainsi, au Conseil d’administration, si les étudiants se partagent aujourd’hui 5 sièges, ils en avaient 13 en 2005. De même, les règles électorales ont changé : alors qu’en 2008, il y a 3 collèges (un par cycle universitaire, c’est-à-dire, en gros, licence, master, doctorat), il y en avait 7 en 2005. Pour cette raison, également, une analyse globale des élections est assez difficile, sans voir ce qui se passe dans chaque collège.
Le Conseil d’Administration : moins de participation, moins de corporation
Je vous avais parlé de graphiques. Et bien voilà ce que donne la répartition des votants pour l’élection au Conseil d’administration, tous collèges confondus.

La répartition des sièges se fera de façon subséquente et proportionnelle : 3 sièges pour Esprit étudiant Montesquieu (casaque orange), 2 sièges pour l’UNEF (casaque rouge fluo, désolé). Il faut rappeler que ce sont donc bien eux qui auront, seuls, le pouvoir de représenter les étudiants, dans un Conseil d’administration restreint. Notamment, ils prendront la décision prochainement de reconduire le Président de l’Université, actuellement M. Jean-Pierre Laborde.
S’il n’est pas possible de déterminer quels voix ont été attribuées aux autres listes (zone grise), seul le nombre de voix des gagnants étant communiqué par l’Université, il est néanmoins possible de voir les conséquences de 5 listes candidates en un éparpillement des voix, peut-être au préjudice de l’UNEF qui aurait pu, en l’absence d’OSB4, prendre un siège à Esprit Etudiant (ce qui peut se lire, aussi, qu’OSB4 n’a pas suffisamment pris de voix à l’UNEF pour avoir un siège au CA). A supposer, bien sûr, que l’électorat d’OSB4 soit le même que celui de l’UNEF, ce qui est loin d’être acquis.
Précision : la zone grise peut contenir des voix pour l’UNEF ou pour Esprit Etudiant, mais dans des collèges où respectivement ni l’UNEF, ni Esprit étudiant n’ont été élus. Que vous compreniez, ou pas, il aurait mieux valu donner la plus large publicité à tous les résultats, même ceux qui ne sont pas élus.

La situation en 2005
Comme je l’ai déjà dit plus haut, l’élection de 2005 se passait dans des modalités différentes, avec 7 collèges au lieu de 3, et un nombre de sièges considérablement supérieur, puisque alors qu’il est de 5 actuellement, il était de 13 en 2005. Les règles électorales se rapprochent donc plus de ce qu’il en est au CEVU. Et c’est sans compter l’absence d’OSB4 (à l’époque, OSB4 n’existait pas).
Néanmoins, en terme de voix, on peut évidemment constater un considérable affaiblissement de la corpo de droit. Feu Energie étudiante avait 43 % des voix (1050 voix, tous collèges confondus) alors qu’aujourd’hui, Esprit Etudiant n’en a que 35% (et 727 voix).
Peut-on pour autant faire une comparaison entre les voix d’Esprit Etudiant et les voix d’Energie étudiante ? Pour moi, cela ne fait aucun doute : la démarche (corporative) est la même, les prestations de service sont identiques (Gala, polycopiés). Les étudiants qui auront voulu promouvoir une telle démarche sont les mêmes. En ce sens, je m’autorise à les comparer ; ce qu’ils auront d’ailleurs fait d’eux-mêmes, car leur assise électorale est celle-là.
Grand gagnant, évidemment, l’UNEF, qui double son score, (de 11 à 25%, et de 279 à 518 voix) de façon tout à fait surprenante. Est-ce la proposition d’un « Grenelle des petits tracas » ? Ou le fait que sociologiquement, il y a une poussée de la gauche à Bordeaux IV (les mouvement contre le CPE et la loi Pécresse y seraient alors pour quelque chose). C’est à n’en pas douter un résultat historique pour l’UNEF.
Grande perdante, la Confédération étudiante. Deuxième force alors en 2005 en premier cycle (100 voix, après 700 voix d’Energie Etudiante), elle ne fait aujourd’hui plus aucun élu (et donc, ses voix sont dans la zone grise). Cette zone grise, comme dit plus haut, ne signifie pas tant les « autres votes » (seule l’UNI n’est pas représentée dans ce graphique), mais plutôt, dans chaque collège, les voix des étudiants qui ne sont pas attribuées à une liste qui a été élue. Ce sont les voix des perdants.
Et l’abstention ?
On ne se rend pas compte de son importance, tant que l’on n’a pas sous les yeux un camembert en prenant en compte les inscrits (toujours pour le Conseil d’administration, qui reste le conseil le plus important).

Cela signifie qu’Esprit Etudiant a recueilli 4% des suffrages de tous les étudiants inscrits, et l’UNEF, 3%. Cette abstention est dramatique et s’aggrave par-rapport aux précédentes élections : en 2005, le taux de participation était presque quasiment toujours deux fois supérieur.
Cela est peut-être dû, simplement, à des contigences administratives : en 2005, les élections se déroulaient en novembre, à une date où le campus est très actif. Au deuxième semestre, il sombre dans une plus profonde léthargie. Et, en raison de leur suspension par le tribunal administratif, ces élections se sont déroulées à un moment où la plupart des cours était déjà terminés, et où les étudiants auraient dû se déplacer spécialement pour voter.
Mais, même alors, l’abstention en 2005 était de 81%, tous collèges confondus, avec de fortes variations suivant les collèges : presque 25% de participation en collège licence, et 10 points de moins pour les autres collèges. Cela se ressent encore dans l’élection de 2008 : les licences participent deux fois plus que les autres collèges (mais à hauteur de 15 %, quand les collèges 2e et 3e cycle participent à hauteur de 7%). On évoque ailleurs des solutions pour remédier à cette abstention ; la première serait peut-être que l’Université s’engage pleinement, par des mesures de publicité exceptionnelles, pour que ces élections intéressent les étudiants. Une autre proposition intéressante serait que les élections se déroulent sur deux jours…
Le CEVU : le match du vice-président étudiant
Les remarques sur l’abstention tiennent toujours, il n’y a que quelques voix de différence. En revanche, les résultats sont plus facilement comparable entre 2008 et 2005. Les modalités électorales n’ont pas changé, il y a autant de collège. Seule différence : le rattachement de l’IUFM à Bordeaux IV depuis le 1er janvier, dans un collège à part, avec 2 représentants de l’IUFM au CEVU. 14 sièges étaient à pourvoir en 2005, et, logiquement, 16 en 2008.
Voici donc les résultats 2008, avec, à gauche, la répartition des voix, à droit, la répartition en sièges.

C’est donc bien sûr ici qu’OSB4 a fait son entrée, très remarquée, puisque ce nouveau mouvement fait son entrée au CEVU. Devançant largement la Confédération étudiante, elle se paie même le luxe de chatouiller de près l’UNEF, tant en voix, qu’en sièges. OSB4 est donc aujourd’hui la troisième « force politique » de Bordeaux IV, devant la Confédération étudiante.

On peut également voir ici l’effet déformant des collèges. Ainsi, si l’on enlève la zone grise, Esprit Etudiant fait 44% des voix… mais 37 % des sièges ; à l’inverse, l’UNEF s’y retrouve, faisant 22% des voix et 25% des sièges, et surtout, la Cé (et le Sgen), qui font 7% des voix, font 13% des sièges.
Ne nous méprenons pas : le CEVU a vocation à devenir le principal conseil de représentation des étudiants. A ce titre, ce sont les représentants étudiants au CEVU que sera élu le vice-président étudiant (et il portera ce titre). Or, justement, EEM est en minorité par-rapport aux autres organisations : il est donc possible, du moins sur le papier, que selon le jeu les alliances, le futur vice-président ne soit pas issu d’Esprit Etudiant. Le match a l’air ouvert.

Là encore, on peut voir la progression de l’UNEF, et le recul de la Cé et de la corpo de droit par-rapport à l’élection de 2005 (répartition des voix et des sièges en 2005).

Conclusion
On le voit particulièrement sur ces deux derniers graphiques : ces élections ont montré un grand coup de barre à gauche, d’abord au préjudice de la Confédération étudiante. Auparavant deuxième force au Conseil d’administration, est presque barrée du paysage politique de Bordeaux IV. La raison de ce déclin tient peut-être à un certain opportunisme politique très mal compris. Ainsi, sa revendication d’organiser un référendum après toute décision de blocage ne pouvait convaincre, de même que son « référendum pour savoir si les polycopiés doivent être payants ou non ». Qui peut être contre des polycops gratuits ? Personne, sauf ceux qui profitent de ce système, et qui ne sont pas étudiants. En revanche, les étudiants semblent avoir apprécié le procédé en pleine période électorale : 3 fois moins de voix (au CEVU : 304 en 2005, 97 en 2008, mais avec le Sgen pour l’IUFM), c’est bien, pour une « organisation-référendum » !
Ces élections auront permis également de trancher une des brûlantes questions de cette campagne : l’association corporative Esprit Etudiant n’est pas l’héritière de l’association corporative Energie Etudiante, au moins au vu de son succès érodé. Si la corpo reste l’indéboulonnable première organisation étudiante de Bordeaux IV, elle se voit néanmoins affaiblie, et perd quasiment la moitié de son électorat. C’est dire l’emprise (et le succès dans les urnes) de la grande Energie. Néanmoins, j’ai plus confiance en Esprit étudiant qu’en Energie pour que ce succès se traduise par des actes. Esprit Etudiant vend déjà ses polycopiés à prix coûtant (mais certains profs prennent une impressionnante marge de droits d’auteur) : la prochaine étape serait que ces polycopiés soient vendus par la fac elle-même.
Grand coup de barre à gauche, en revanche, avec l’UNEF et OSB4, dont je me félicite personnellement, et indistinctement, tant pour OSB4, que pour l’UNEF elle-même. J’espère (naïvement) qu’ils pourront travailler ensemble dans l’intérêt de tous les étudiants, et évacuer de Bordeaux IV des questions qui auraient dû l’être depuis longtemps. Parmi les plus importantes, je vois notamment le système des polycopiés, l’amphi Bonnard (Bordeaux IV est peut-être la dernière fac de France à avoir un amphi au nom d’un collaborateur de Vichy), et le système NVSE (Non Validé, Sans Espoir ?), qui gagnerait à être remplacé, comme cela a déjà été débattu, par un système d’inscription obligatoire des étudiants au rattrapage, afin de simplifier le travail de l’administration sans porter préjudice aux étudiants.
Une dernière pensée, surprenante, pour l’UNI, qui n’aura toujours pas réussi à faire son entrée dans les Conseils centraux. Je dois considérer que c’est dommage, car leur programme, très travaillisme anglo-saxon, était selon moi le meilleur, le plus cohérent, et peut-être également le plus ambitieux. C’est maintenant aux élus de le reprendre, pour ce qui peut l’être, dans l’intérêt de tous les étudiants.
Les élections sont terminées, les potins du gala peuvent reprendre, et les révisions commencer dans la paix et la quiétude des (nouveaux) ménages. Jusqu’à la prochaine fois.
Photo : Des petits morceaux de tous les tracts piochés lors de la campagne. Mais je n’avais pas pris celui d’OSB4 ! Vous avez donc eu la photo de leur badge, qui est collector.


Commentaires 8
Nous travaillerons tous ensemble dans l’intérêt des étudiants ! Promis !
Publié 22 avr 2008 à 21:17 ¶Bon sang, mais quelle capacité de travail Erasoft ! Et quelle perte pour la France que de te voir te livrer à la perfide Albion…
Publié 22 avr 2008 à 22:12 ¶Message aux dignes représentants de la gent étudiante de BORDEAUX IV :
Publié 23 avr 2008 à 8:36 ¶Si l’amphithéâtre BONNARD devait être rebaptisé, je suggère, invite, supplie qu’il le soit pour AMPHITHEATRE ERASOFT pour lequel l’Université (avec un « U » majuscule) oscille entre deux sentiments.
Le joie, la fierté de voir l’un des siens, formé et modelé en son sein aller en terre anglaise porter les principes universels du droit français.
Que dire de plus de l’inventeur du droit wikipédien, grand – et unique – théoricien du caractère juridictionnel de WIKIPEDIA…
Mais aussi, bien sûr, la tristesse de perdre l’homme qui, parfois au péril de sa réputation, a
traqué perfidies et chausse-trappes des dernières élections estudiantines !
Alors, Mesdemoiselles, Mesdames (peut-être) et Messieurs les administrateurs : ne laissez pas partir un tel homme sans que sa mémoire ne soit conservée à jamais dans notre si fière université !
L’Histoire vous en sera reconnaissante.
Philmer : C’est encore trop modeste. Dans l’Université *Montesquieu* Bordeaux IV, il n’y a pas suffisamment de place pour le baron de la Brède et pour moi.
J’ai donc le plaisir de convoquer Montesquieu à 17 heures, dès aujourd’hui, à Bordeaux IV, pour un duel à l’épée. Le gagnant aura l’université à son nom. A moins que Montesquieu ait grave les chocottes et n’abandonne.
On trouve toujours un moyen pour s’arranger. ^^
Publié 23 avr 2008 à 9:43 ¶Et en expirant, vaincu par la jeunesse et l’habileté de son adversaire, le grand homme (Montesquieu bien sûr), te regardant fixement murmurera dans un souffle :
Publié 23 avr 2008 à 11:00 ¶VERSION PERSIMISTE :
« Père, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! »
VERSION OPTIMISTE :
« Il joignoit à un beau génie une âme plus belle encore ; les qualités de l’esprit n’étoient chez lui que dans le second ordre, elles ornoient le mérite, mais ne le faisoient pas. Il écrivoit pour instruire, et en instruisant il se faisoit toujours aimer ; tout respire dans ses ouvrages la candeur et la probité ; le bon naturel s’y fait sentir, le grand homme ne s’y montre jamais qu’avec l’honnête homme. » (in « discours de réception à l’Académie » 24 janvier 1728)
Pffiou, je vais commencer par mal le prendre !
Publié 23 avr 2008 à 16:09 ¶N’oubliez pas que les profs élus au CEVU participent au vote concernant le choix du VPE ….
Publié 24 avr 2008 à 14:12 ¶Oups, oui ! J’étais pourtant convaincu du contraire.
Code de l’éduc, Article L712-6 in fine:
Publié 24 avr 2008 à 17:34 ¶Publiez un nouveau commentaire