Hier avait lieu la première assemblée générale de Bordeaux 4. J’y suis allé plus en observateur qu’en tant qu’étudiant moi-même : je voulais surtout comprendre pourquoi les étudiants étaient contre la loi Pécresse, mais je ne soutiens pas la loi LRU pour autant, loin s’en faut.
Et bien, après cette assemblée générale, je n’ai toujours pas compris. Franchement, qu’est-ce qui peut bien être litigieux dans ce pâté de dispositions ? Est-ce que c’est avec cette loi que l’on va avoir une « université ouverte à la jeunesse de notre pays, une université de l’excellence scientifique ; une université riche des talents et des ambitions qui partout sur le territoire national éclosent »[1] ?
J’étais parti pour faire un examen détaillé des dispositions : cela tient en une ligne.
La loi LRU ne change rien.
Ou en tout cas, rien qui n’intéresse les étudiants.
Est-ce que la réduction du CA donnera plus de valeur aux diplômes ? Est-ce qu’une troisième mission « insertion professionnelle et orientation » permettra d’augmenter le taux de réussite (alors que cette nouvelle mission n’est sans doute pas financée) ? Est-ce que le renforcement des pouvoirs du président donnera de la place aux étudiants qui n’en ont pas dans les amphis ? Est-ce que l’augmentation espérée des dons privés transformera la-bonne-vieille-université-d’élite en suppôt-du-capitalisme-triomphant ?
La loi LRU, c’est même pas une réformette, c’est de la gesticulation, on brasse du vent en réglant des points de détail [détail est un mot de la langue française que je peux librement employer, non ?]. Elle changera pas ma vie, et certainement pas celle des autres.
Tout au plus simplifierait-elle l’administration d’une université, et encore, c’est pas dit.
Franchement, j’ai une toute autre explication aux gesticulations étudiantes, confirmées par l’AG d’hier :
- Comme le Conseil d’administration sous la loi LRU change de configuration, il faut répartir les postes.
- Comme il faut répartir les postes, il faut de nouvelles élections.
- Comme il faut de nouvelles élections, les étudiants doivent élire de nouveaux représentants.
- Et donc, le mouvement, c’est une campagne électorale, qui permet de médiatiser les organisations étudiantes, de les différencier, et donc, de les valoriser pour ces futures élections.
Si jamais la loi LRU est abrogée, c’est génial : les syndicats sortiront renforcés, parce qu’ils auront tous voulus l’abrogation.
Si jamais la loi LRU n’est pas abrogée, c’est moins génial, mais tout aussi efficace : comme il y a 2 % de représentants étudiants en moins, il faut absolument que les étudiants votent de façon massive et votent pour des étudiants qui sont membres de syndicats étudiants, et, tant qu’à faire, le mien.
C’est la seule raison logique que j’ai pour expliquer le spectaculaire retournement de veste de la plupart des syndicats étudiants.
Sans doute y a-t-il des étudiants sincèrement contre la loi Pécresse. Mais il faut quand même une sacrée dose de mauvaise foi, sauf à dire que les étudiants n’ont pas pour vocation de trouver un emploi, que le privé, c’est mal, et que le président de l’université, au bureau E414 est en train de manger des petits enfants au petit-déj’.
Miam.
Notes et références


Commentaires 7
Gesticulation, réformette me paraissent de doux euphémismes. On nous bassine avec le talent perdu du législateur et force est de constater que les exemles ne manquent pas. Alors on peut comprendre que ça énerve! Je suis d’accord avec toi dans l’ensemble et cette mobilisation m’interpelle tout autant, néanmoins une énième loi foullie n’est pas la solution. On peut espérer qu’un jour on nous proposera une réforme intelligente, cohérente, durable et non un truc pris à la va vite pour monter qu’on réforme. Après ce mouvement surtout tenu par l’extrème gauche est un moyen de contredire le gouvernement en place (ce qui a été clairement dit à l’AG de bdx 3) Quant aux syndicats étudiants, il me semble que la Cé reste cohérente, quant à l’unef…. Pour autant on peut se féliciter que ce genre de mouvement repolitise un peu la fac, même si ça semble affoler les assos étudiantes. Ne sommes nous pas en Droit et science politique! On se plaint de la passivité des étudiants alors franchement de ce point de vue là ça me dérange pas!!
Publié 17 nov 2007 à 15:20 ¶Le problème de la Cé (dont je me sens effectivement le plus proche), c’est qu’à force d’être toujours le cul entre deux chaises, elle se retrouve souvent par terre. Et puis, j’ai souvent été abasourdi par le manque de culture politique et militante de ses adhérents… à l’inverse des (autres) militants de gauche et ceux de l’UNI (qui sont les meilleurs militants de droite, tous les autres ayant déclarés forfait, sauf peut-être le GUD)..
Repolitiser la fac ? Bof, tu me parais très optimiste. Personnellement, je voyais surtout ça comme un affrontement Marques Distributeurs versus Ralph Lauren-Eden Park-Lacoste (Ste Trinité).
Ceci dit, je ne pense pas que les étudiants n’aient aucune culture politique. Certains le cachent, ou n’ont pas l’
Publié 17 nov 2007 à 17:49 ¶accusation(déformation professionnelle) occasion de jouer les évangiles, mais globalement, j’ai déjà vu pire.Peut-être qu’un des gros problèmes de cette loi est qu’elle retouche insidieusement certains principes de fonctionnement de l’université. Sous couvert de ne modifier que des détails, la loi LRU change peut-être durablement le système universitaire français. Tu en mentionnes quelques uns dans ton billet : augmentation des pouvoirs du président ; diminution de la représentativité des syndicats étudiants aux conseils d’administration et de la fac.
C’est certainement un ersatz de réforme mais le personnel des facultés s’inquiètent du renforcement des pouvoirs du président (confer les appels à la mobilisation du personnel de Nanterre : le 20 novembre, le personnel appelle à manifester conjointement avec les étudiants). En outre, les syndicats d’étudiants se mobilisent, comme tu l’as souligné, afin que les étudiants votent massivement (en d’autres termes pour se faire mousser). L’UNEF a retourné sa veste et appelle désormais à amplifier le mouvement. Je suis donc un peu perdu !
L’incitation aux financements privés de la part de sociétés commerciales est également problématique. Je ne sais pas ce qu’il en est pour les Bordelais, mais en ce qui nous concerne, nous n’avons eu aucune information sur ces dispositions. Hormis ce que j’en ai entendu à la télévision et sur 2-3 sites, je ne connais donc que très mal la loi LRU. L’université de Paris I a organisé un vote électronique et considéré comme « nulles et non avenues » les AG ainsi que leurs décisions. Ce manque de transparence ne me semble pas très démocratique. Donc le vrai problème c’est le manque de concertation, de dialogue au moment du vote de la loi (effectué pendant l’été) qui entraîne aujourd’hui « une grogne » des étudiants.
Publié 17 nov 2007 à 18:20 ¶En fait, le débat se focalise autour du manque de représentativité des AG (qui est également un problème) : voir par exemple ce billet et les comentaires y afférents.
Publié 17 nov 2007 à 18:29 ¶http://jeuneprofetdedroite.typepad.fr/jeune_prof_et_de_droite/2007/11/facs-bloques-en.html#comments
Erasoft, t’es caricatural mais c’est pas dénué de pertinence. Après on peut être impliqué et faire preuve d’éloquence sans que le but soit de se faire remarquer ou de jouer les prophètes mais bon, chacun son point de vue, j’ai l’innocence de croire que certaines personnes ont des convictions, faut pas toujours être cynique. Sinon rien à voir mais j’ai l’honneur de t’annoncer que je t’ai mis dans mes favoris, tu te retrouve en sandwich entre légifrance et fallaitpasfairedudroit.fr…….
Publié 17 nov 2007 à 19:36 ¶@J : Je ne connaissais pas « Fallait pas faire du droit ». Mais bon, je n’aurai (hélas….) plus l’occasion de l’utiliser.
@Denis : Faux sur un point : tous les syndicats étudiants ont été consultés et ont approuvés le projet avant qu’il ne soit débattu au Parlement. Personnellement, je pense que cette consultation était même inutile, étant donné que cette loi ne concerne pas directement les étudiants.
Quant à la métamorphose du paysage étudiant français parce que la loi Pécresse a été adoptée, j’ai la prétention de penser que ce qui pose problème ne pourra jamais faire l’objet d’une loi, par manque de courage politique. Un jour, il faudra admettre que le marché du travail ne peut pas absorber 60 % d’une classe d’âge au niveau Bac+3, qu’être prof de fac, c’est aussi être prof, et que si on veut bien apprendre, les cours magistraux doivent purement et simplement disparaitre.
Mais comme on est sûr que les étudiants bloqueront les facs, et que Valérie Pécresse veut avoir une longue carrière politique, alors, non, désolé, ce sera un autre qui devra le faire, je passe mon tour.
Publié 17 nov 2007 à 20:24 ¶Oui, je sais (c’est pour ça que l’UNEF est critiqué pour son volte-face). Par contre, je ne sais toujours pas ce que raconte cette loi (je l’ai téléchargé : il va falloir la lire pffff). Je pensais plutôt à l’information destinée « au peuple » grosso modo.
Mais c’est sûr qu’il faut du courage pour faire passer des lois réformant le système : longue vie à Pécresse lol.
Publié 17 nov 2007 à 20:39 ¶Trackbacks & Pingbacks 1
[...] La circonstance que j’ai un exam’ blanc samedi est même complètement étrangère à cet inavouable souhait de voir ma fac fermée pour un mouvement que je soutiens très timidement. [...]
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