Vous prendrez bien un exam de plus ?

J’apprends depuis le Professeur Rolin que le groupe de travail sur l’enseignement juridique [DOC] (dont j’ignorais de bonne foi l’existence) s’est réuni et a fait un certain nombre de propositions, dont, dixit Rolin, il est « souhaitable qu’[elles] circule[nt] très largement dans et hors l’université ».

Chiche. :) !

Un préalable s’impose, comme d’habitude. Etant étudiant, j’ai l’impression de prendre la place d’illustres professeurs, qu’ils soient en droit ou bien en sciences de l’éducation. Ces illustres m’ont précédé sur les bancs de facultés, et certains de mes amis, ou de ma génération (plus sûrement) les remplaceront. C’est de ce seul moyen que je justifie mon intervention, qui néanmoins, reste à prendre avec toutes les pincettes possibles, étant donné que j’aime le droit (au point parfois d’en devenir monomaniaque).

Pour la plupart des recommandations, soit j’y suis favorable, soit je n’ai aucune capacité pour m’exprimer (ni envie, ni besoin, ni compétence particulière). Mais il y en a, par malheur, pour lesquelles je suis hostile, un peu ou beaucoup, et où, en l’occurence, mes expériences passées font que j’ai un peu plus qu’envie de m’exprimer dessus.

C’est, bien sûr, le cas de la sélection à l’entrée des facs de droit, bien que j’y aie aucun intérêt, y étant déjà entré.

Ah, la sélection ! Il est courageux, pour un groupe de travail, dès sa première réunion, d’aborder cette question en ce qui concerne l’enseignement juridique, et je ne doute pas une seconde qu’elle se posera dans les autres enseignements, lorsqu’elle ne s’est pas déjà posée.

La problématique employée est plutôt rusée.

  1. Il y a un problème avec les étudiants issus de formations technologiques et professionnelles. Leur taux de passage en deuxième année est inférieur, et de très loin, à celui des étudiants issus de filières générales.
  2. Donc, sélectionnons les étudiants.

Aucune alternative à la sélection ?

Une autre façon de penser aurait été que parce que ces étudiants ont un problème du fait de leur formation, il convient de leur apporter un soin particulier. Des tutorats seraient mis en place dans des universités (ce n’est pas le cas de la mienne) : cette solution serait donc tout bonnement écartée.

J’ai moi-même été tuteur, non à la fac, mais en terminale, pour aider des 3èmes en difficulté. L’idée m’a immédiatement séduite. Mais nous n’avions aucune formation particulière, aucune consigne, aucune méthode de travail, aucun suivi, et nous nous trouvions complétement désemparés de par l’écart qu’il y avait entre les tuteurs et les troisièmes. Je ne sais pas (et pour cause) comment les universités ont organisé ce tutorat. Il n’empêche : un tutorat ne peut pas sauver, il peut juste aider ceux qui se sauvent exu-mêmes. C’est un constat personnel qui altère ma naïveté consciente.

L’argument que « parce que les tutorats marchent pas, ça sert à rien de les aider » est très loin de me satisfaire. A-t-on envisagé des TD supplémentaires pour des étudiants issus de formations technos ou pros ? Un TD coûte certes plus cher qu’un cours magistral…

Comment sélectionner ?

Le groupe de travail propose en réalité 3 formes de sélection, ce qui est plutôt malin, là encore.

Ca me fait penser à Plantu, qui présenterait 3 dessins impossibles à publier, mais dont un est plus acceptable que les autres. Finalement, le rédacteur en chef accepte toujours le plus acceptable des 3 dessins impubliables, parce qu’il n’a pas le temps d’en redemander un à Plantu.

A mes yeux, l’on suit la même logique ici.

1. Procédure, applicable à tous les bacheliers, de contrôle d’accès, combinant examen du dossier et épreuve écrite ;

2. non inscription des titulaires des baccalauréats professionnels et technologiques (sauf, éventuellement, une dérogation dûment motivée) ;

3. non inscription des titulaires de baccalauréats professionnels et inscription des titulaires des baccalauréats technologiques dans une année préparatoire aux études juridiques, destinée à leur donner la formation culturelle et juridique ainsi que les instruments de langage et de méthode leur permettant de suivre celles-ci avec succès. Cette année, qui ne serait pas diplômante et ne donnerait lieu qu’à une seule session, ne serait pas renouvelable en cas d’échec.

Oups, on a oublié… Peut-on tout bonnement sélectionner ?

Fort heureusement, le groupe de travail sur l’enseignement juridique, adressé à des profs de droit, fait encore du droit.

L’accès à un « premier cycle » de tout titulaire du baccalauréat (art. L 612-3 du code de l’éducation) doit impliquer que tout bachelier puisse mener des études supérieures, mais non que ceux que leurs études secondaires n’y prédisposent pas aient un accès libre et non contrôlé au premier semestre de la licence en droit. C’est un devoir d’honnêteté et de loyauté à leur endroit que de ne pas les fourvoyer dans une voie où ils n’ont pas d’avenir, de les en informer très en amont de leur parcours scolaire (dès la classe de troisième) et de les conseiller.

Hmmm… Pour moi, ça sonne plutôt comme de la politique, avec cette invocation de l’honnêteté et de la loyauté pour sauver l’orphelin et l’opprimé… de leur volonté ! Qu’est-ce que des valeurs viennent faire en Droit ? Retour aux textes, avec ce fameux article L612-3 du Code de l’éducation :

Le premier cycle est ouvert à tous les titulaires du baccalauréat [...]
Tout candidat est libre de s’inscrire dans l’établissement de son choix [...]
Les dispositions relatives à la répartition entre les établissements et les formations excluent toute sélection [...]

Voilà qui est fort clair dans les principes. Nul besoin d’invoquer des discussions de morale. Fort heureusement, l’on ne peut accuser 16 « experts » (dont on ne connait pas la qualité, qui ne se trouve que suggérée) d’ignorer le droit en vigueur. Et les voilà de répondre à notre critique (fort simpliste, il faut bien l’admettre) :

Dans un but de sécurité juridique, le groupe de travail recommande la modification du texte ou de l’interprétation de l’article L 612-3, afin, notamment, que les recteurs n’usent plus des pouvoirs qu’ils tiennent de cette disposition pour inscrire en licence en droit les titulaires de baccalauréats professionnels et technologiques.

Je crains que la seule solution juridique ne soit tout bonnement d’ouvrir la boîte de Pandore, de modifier le texte et d’attribuer à certains établissements (c’est-à-dire à tous, au nom de la conception républicaine) le fait de sélectionner à l’entrée des facultés, peu importe qu’il s’agisse de droit ou d’histoire de l’art.

Refus obtus de la sélection : arrêtons-en avec des considérations dogmatiques

Le dogme, en l’occurence, s’épèle souvent en 4 lettres.

La sélection, disons le tout net, n’est certainement pas une solution pour que les universités françaises brillent au firmament, et entrent en concurrence avec les plus prestigieuses universités américaines. Ce n’est pas par la sélection que Paris II pourra concurrencer Harvard.

La sélection n’est pas non une solution pour que les étudiants en ressortent grandis sur le marché du travail, en pouvant invoquer que l’on a un diplôme de telle université. Les étudiants pris après sélection auront suivi les mêmes cours et devront satisfaire aux mêmes exigences.

Par contre, la sélection est une solution pour gonfler artificiellement les statistiques de réussite en première année, et écarter ceux qui pourraient être les plus fragiles en deuxième année (année dont on dit qu’elle est la plus dure en droit).

Ce qui m’interpelle souvent, c’est que l’on invoque souvent les 2 premiers scénarios et jamais le troisième.

S’il s’agit d’écarter des étudiants qui n’ont manifestement aucune chance de réussir, je dis clairement : pourquoi pas.

S’il s’agit de faire croire aux étudiants qu’ils font partie d’un « corps » supérieur, s’il s’agit d’un concours en fait, c’est non d’emblée. Il ne peut s’agir que d’un examen : si on y satisfait, on est pris, sans considération du nombre de places disponibles.

Le groupe de travail semble d’ailleurs avoir écarté la solution du concours, puisqu’il ne motive pas sa « procédure de sélection » sur le fait qu’il y a trop d’étudiants en droit par-rapport aux capacités d’accueil de certaines facultés. Nous ne pouvons que le remercier pour la sagesse de ce choix.

Parce qu’il s’agit d’un examen, il ne peut être que gratuit, et certainement pas payant. Déjà que l’on place un frein matériel, n’en plaçons pas un supplémentaire, financier. Et il ne s’agit pas d’une revendication de gosses de riches.

Soit l’on décide d’en faire un examen relativement compliqué au sortir de la terminale, et dans ce cas il y a une session de rattrapage, soit l’on décide de le transformer en B.A.BA et il n’y a évidemment plus de voie de recours.

Mais une sélection, dans cette hypothèse-là, coûte cher… Quelles universités pourraient se payer cette dépense en plus ? Il faut en effet compter les locaux, les personnels mobilisés, les réunions des jurys, la paperasse d’inscription, d’acceptation, de refus, les temps de traitement par les secrétariats pendant l’été… et bien sûr, le papier pour les examens et les sujets. Sans compter une éventuelle session de rattrapage.

Bref, organiser un examen pour dans tous les cas 20 à 30 % de « candidats étudiants » supplémentaires (qui seraient manifestement recalés), beaucoup plus coûteux que ceux de première année, pour la seule satisfaction de voir des statistiques de réussite un peu meilleures…

Les filières technos et pros à l’Université

C’est là tout le problème.

Lorsque l’on présente les filières pros et technos sur plaquette en papier glacé, on lit toujours les mêmes choses : études supérieures courtes, voire entrée directe dans la vie active.

  • Première incongruité. Les filières technos, voire pros, ont un accès relativement facile à des BTS, qui pour beaucoup d’entre eux, sont d’un niveau très supérieur à ceux d’un DEUG de droit commun. On leur limiterait l’accès à une filière d’un niveau inférieur à celui auxquels ils peuvent accéder. Je vous interdis la troisième, mais vous aurez le bac.
  • Deuxième incongruité. Puisque l’on ne peut raisonnablement envisager un statut dérogatoire pour les seules facultés de droit, il faut changer les fondements juridiques pour toute les filières universitaires. Ainsi, il pourrait être très fréquent de se voir refuser des études supérieures, ayant pourtant un bac reconnu légalement de niveau identique à celui du bac général (niveau IV).
  • Troisième incongruité. Ne risque-t-on pas, faisant ceci de considérablement déséquilibrer les formations menant aux bacs généraux, technos et pros, en invoquant l’exigence absurde de 100 % de réussite en DEUG dans les universités ? Et par là, de baisser la valeur du bac (tout court), en ne le considérant plus comme le premier diplôme universitaire ?
  • Quatrième incongruité, sur le cas des filières STT. Elles ont des cours de droit dans leurs enseignements obligatoires. Leur inscription en fac de droit résulte donc d’une inscription en connaissance de cause, ce qui n’est pas le cas pour les scientifiques (dont je suis), qui sautent dans le vide. Les sélectionner seraient une erreur, puisqu’à l’heure de leur inscription, ils en savent plus que le lycéen « règlementaire ». ( :) )


Le problème, c’est le choix.

Nous sommes allés un peu vite en besogne. Le groupe de travail propose en effet 2 autres alternatives à la sélection par examen : le panneau stop, et le panneau interdit.

Le panneau interdit est simple : éliminer (c’est cru) les bacheliers technologiques et professionnels, sauf dérogation (pour les technos seulement, au vu de la lettre du texte). C’est une mesure qui a le mérite d’être économique et peu contraignante pour l’ensemble des étudiants. Mais si elle est justifiée dans les filières juridiques (seules les filières STT, parmi les filières technologiques, ont une chance de réussite), elle pose un problème pour la survie des filières technos et pros.

Le panneau stop est un peu plus nuancé : élimination des bacheliers professionnels, une année de rab, d’initiation au droit pour les bacheliers technos. Je dis niet : ce serait encore une fois subordonner les filières technos (alors que j’ai lutté pendant 2 ans pour qu’on les considère, simplement) aux filières générales, alors qu’il s’agit simplement de faire, pour la plupart des cas, un DEUG, une licence professionnelle, sinon, professionnalisante. Et, comme dit plus haut, l’essentiel des étudiants, en jeu, c’est les étudiants des filières STT, plus nombreux que les étudiants des filières S.

Bref, je préfère encore un concours pour tous, plutôt qu’une forme de discrimination à l’égard de filières dont le niveau est (au moins juridiquement) égal, voire supérieur.

Conclusion

Au fur et à mesure de la rédaction de ce billet, je me rends compte que la question de la sélection est en fait une question qui détermine en fait ce qui vient avant et ce qui vient après.

Il ne peut pas y avoir une sélection, même minimale, s’il n’y a pas auparavant un projet réfléchi du lycéen, particulièrement pour aller sauter dans le vide, dans des filières dans lequel rien ne le prédispose, et dans lequel il peut briller. Un examen, enfin, suppose, dans le cas où celui-ci serait relativement compliqué, une préparation, ce qui risque de mettre encore plus à mal l’égalité entre lycées, et de les surcharger inutilement, pour le salut d’une statistique.

Ensuite, s’il y a sélection, il faut encore savoir pour quoi. Le groupe de travail propose un recentrage du programme de licence sur les enseignements juridiques, ce à quoi je ne peux que souscrire, ainsi qu’une séparation des licences pros et des licences « générales ». Mais l’on n’a pas installé la sélection pour hausser le niveau, simplement pour écarter ceux qui ne pouvaient de toute façon pas réussir.

Pour finir, il est certainement un peu tôt pour se lancer dans un tel exposé, au vu du travail qui reste à accomplir avant qu’il y ait seulement un débat. Débat qui ne manquera pas de se produire pour les plus férus des professeurs de droit, en période de vacances scolaires. Débat qui ne manquera pas de trouver sa vigueur parmi les étudiants les moins informés et toujours aussi vaillament représentés. Débat qui ne manquera de trouver un très vif intérêt au sein de la Conférence des Présidents d’Université, occupés qu’ils sont à tenter d’avoir une université présentable après les évènements du CPE.

Il y aura pain chaud et jus d’orange aux frais du Ministère pendant encore quelques temps.

Lire aussi

Commentaires 4

  1. Alfonsina a écrit :

    Je partage votre point de vue et il me semble que le « groupe de travail » serait heureux de le connaître. De façon à encourager le débat public démocratique, je vous donne ici la liste des adresses courriel de ses membres (qui sont des doyens de fac de droit ou vice-présidents d’universités), si vous voulez leur en donner directement connaissance…

    Erasoft : J’ai enlevé la liste qui suit, mais j’en ai pris note. Au demeurant, je tournerai au moins 800 fois ma souris autour de mon ordinateur avant de le faire.

    Publié 16 juil 2006 à 10:59
  2. Didier a écrit :

    Je ne suis pas d’accord quand tu considères que l’augmentation du taux de réussite qui résulterait de la sélection ne serait qu’un maquillage des statistiques, plutôt que le reflet d’une meilleure formation. Le problème n’est pas ici la qualité de la formation. Ce mauvais taux de réussite n’est pas seulement une statistique inesthétique et un indicateur de la qualité de la formation. Ceux qui échouent en DEUG perdent un ou deux ans (ils ne sont pas totalement perdus, mais ils sont certainement très mal employés). Les conséquences professionnelles sont souvent très dures et durables, surtout avec l’importance du diplôme en France. Il n’est pas facile après cet échec dans une filière mal choisie de réintégrer les filières sélectives (BTS, IUT) qui étaient accessibles après le bac. Pour l’université/l’État, cette formation dispensée en grande partie en vain n’est certainement pas non plus une utilisation optimale des ressources. Mais même si l’augmentation du taux de réussite par une meilleure orientation avant inscription devait coûter aussi cher que celle que l’accueil (et l’élimination) d’étudiants mal orientés en DEUG, ce qui est peu vraisemblable, ce serait encore très rentable pour la majorité des étudiants. Un bon taux de réussite reflète certainement plus une bonne orientation (par la sélection ou autrement) à l’entrée que la qualité de la formation et çà ne le rend pas moins désirable. Aucune raison alors de qualifier l’amélioration de cette statistique d’artificielle.

    Autre point à mon sens discutable, que la sélection ne puisse qu’être qu’un examen plutôt qu’un concours. J’admet volontiers qu’instituer un concours est parfaitement irréalisable sauf à mettre des chars dans les lycées et les universités et mieux vaut donc oublier l’idée. Pour autant, je ne vois pas pourquoi il y aurait un droit absolu à poursuivre des études gratuites dans des filières engorgées, qu’elles le soient quant à l’offre de formation ou à l’offre d’emploi. La frontière entre examen et concours est de toutes façons très élastique, il n’est pas si important de savoir comment on l’appelle.

    Erasoft : Je vais entrer à la rentrée prochaine en deuxième année de droit, avec une première dont je peux modestement considérer qu’elle fut une réussite universitaire et humaine. Mais l’année précédente, j’étais en maths sup, réorienté en fac de maths. Je connais la lourde problématique du déménagement universitaire et du reccommencement à zéro, suivi de la remise en cause personnelle sur une question qui hante ma génération « Qu’est-ce que je suis dans 10 ans ? ». 

    Je souscris parfaitement à votre point de vue concernant l’importance ABSOLUE d’un service public d’orientation. Les pays nordiques (encore eux – c’est certainement l’absence de canicule qui les rend plus intelligents ;) !) ont compris cela en développant une véritable institution. Mais c’est une autre dimension, impossible à transposer en France (parce qu’en France, il y a des Français, non des Scandinaves). 

    Cependant, la remarque que j’ai faite n’était pas à prendre à ce niveau. Le débat sur la sélection est miné par des présupposés politiques, qui prennent comme exemple au-dessus de tout soupçon les universités américaines. Ce n’est pas parce qu’on sélectionne que le niveau est meilleur. C’est un fait établi auquel je pense que vous souscrivez. Mais, on a rejeté les élèves qui ne pouvais pas réussir, par manque de motivation, d’intérêt (et non de compétences : ils ont le bac, ne l’oublions pas. Si c’est un manque de compétences, et bien, réformons le bac ! Mais la problématique est très différente en droit.) Ce rejet d’élèments qui ne peuvent réussir et la conservation d’un nombre important de ceux qui le peuvent font que la statistique de réussite en première année, et même en deuxième année, augmente. Ou devrait augmenter. Sinon, c’est la Constante Macabre à la fac. Horreur.

    Cette sélection là, dans la théorie, est une bonne sélection, car elle est bonne d’abord pour celui qui a échoué, lui évitant de « perdre du temps », d’échouer. Mais la pratique elle, peut être parfaitement différente, avec une recherche de l’élitisme à tout prix auquel je ne pourrais JAMAIS souscrire.

    Je reste sur la même ligne. L’augmentation est artificielle sur le plan de la forme. Elle ne se réalise pas avec un effort supplémentaire de la part de l’Université. Mais artificiel n’est pas un gros mot, et il est certain qu’une sélection de bon sens présente aussi de grandes qualités humaines.

    Mais la sélection de bon sens, ça s’appelle, justement, l’orientation…

    —-

    Un concours tue. Un examen invite à la création de la richesse, humaine, intellectuelle, économique, et sociale.

    Publié 17 juil 2006 à 0:07
  3. PhilZ a écrit :

    Un des principes merveilleux de la vie, c’est qu’on n’est jamais amené à choisir la meilleure solution, mais la moins mauvaise. Je prendrais deux exemples pour montrer que finalement, le problème n’est pas un problème de solution, mais de choix politique clairement défini (le pinaillage sur le Code de l’Education me paraît un peu HS…). Mais bon déjà je crois que c’est pas en droit qu’on connaît le plus d’échec à l’université…

    Ensuite, il est clair que l’orientation pendant les années lycée est totalement négligée, et ce n’est pas à coups de permanences téléphoniques, de salons et de service public d’orientation qu’on y parviendra. L’orientation, c’est pas une science (comme réclament ceux qui veulent plus de COPsy) c’est d’abord de prise en compte des individus et de proximité des élèves avec les problématiques du monde du travail.

    Sélection à l’entrée. Le problème n’est pas tant la nature du bac préparé (de toute façon le bac ne prépare aucunement aux études supérieures aujourd’hui) que le niveau des élèves qui débarquent dans ces filières. Je doute qu’un bon élève de bac techno/pro ne soit pas poussé par l’ensemble de ses enseignants vers un BTS, DUT… c’est plutôt la majorité silencieuse qui finit sur les bancs des facs. L’autre truc c’est le clivage études générales / études pro ou techno, les deux doivent pas se mélanger, c’est comme les dalits (intouchables) en Inde, si on les mélange, c’est la fin du monde, la hiérarchie scolaire est plus respectée, vite tirons d’une filière qui va être dévalorisée. Les clichés ont la vie dure, c’est dommage, mais la réalité c’est ça aussi.

    Tutorat and Co. Dans ce pays, l’été c’est sacré. Toute l’administration doit partir en vacances et les campus doivent rester déserts, alors qu’on aurait pu profiter de l’été pour justement programmer de la mise à niveau et des séminaires de préparation / d’intégration aux études supérieures. Un exemple de solution un peu plus innovante que le tutorat. En cas d’échec à la mise à niveau ou de volonté, les étudiants changent avant la rentrée et ne perdent pas leur année.

    Erasoft : Aurais-tu la touche « € » sur le clavier de ton ordinateur ? Je crois avoir déjà vu des pubs pour des choses approchantes. Evidemment, c’est privé, 800 € la semaine, et sans doute pas fiable.
    Gratuité des études, je ne sais pas trop quoi dire. Quand tu paies tes études, tes concours… certes y a un obstacle financier, mais c’est quoi par rapport à notre budget loisirs ou téléphone par exemple ? Symboliquement, le fait que tes études t’aient coûté quelque chose, (en supposant que l’Etat te le reverse par l’impôt après) ça n’augmente pas leur valeur et tes attentes par rapport à une fac qui « coûte rien » ?

    Erasoft : Euh. Une personne que j’ai connue avait dépensé 50.000 F (je n’ai pas la touche € sur mon ordinateur ;) ) pour une école privée post-bac. Elle a sans doute échouée avec le même brio que si l’école avait été gratuite. Outre cet exemple anodin, ma réponse est non. Peu importe le coût, lorsque l’élève est passionné. Si ça ne tenait qu’à moi, je claquerais 6.500 € pour m’inscrire en droit à l’université du Kent, tenterai Harvard et me replierai piteusement sur Paris II. Mais, voila… :(

    Publié 17 juil 2006 à 2:34
  4. PhilZ a écrit :

    €€€ Réponse à M. Erasoft €€€
    Je n’ai jamais dit que l’argent était garant de la réussite, sinon les écoles de commerce, les écoles post-bac et autres préparations privées triompheraient par rapport aux écoles d’ingé, aux ENS et aux universités. Ah zut pour les universités ça a l’air d’être le cas ^^.

    Ensuite, on est d’accord pour dire qu’un savoir ne s’achète pas, mais tu me sers des contre-exemples pour dire en substance que dès qu’il y a de l’argent, c’est du privé, ça pue et que tout le monde ne réussit pas toujours à acheter son admission à un concours. C’est un peu court, je trouve. Que je m’attaque aux vaches sacrées et aux préjugés de certains, c’est clair que c’était le but du message. Simplement je me limite pas forcément à l’idée que l’éducation est un investissement, avec son risque d’échec si c’est ça que tu veux me faire dire.

    Maintenant pourquoi on pourrait pas aménager une période d’essai à la fac ? aménager des périodes de réflexion sur son orientation académique et professionnelle ? Elles existent déjà dans les grandes écoles, alors pourquoi est-ce que ça serait tabou à l’université française ?

    Pour la gratuité des études, en fait le raisonnement est beaucoup plus large. Déjà je trouve que c’est minable intellectuellement de résumer l’accessibilité des facs à une question d’argent, c’est aussi une question de bagage intellectuel, langagier et social qui n’est pas garanti par le bac. Ptet que pour toi effectivement la différence entre 0€ et 400€ (droits + sécu) est pas vraiment significative, mais je pense que pour certains, qui n’achètent même pas leurs livres pendant l’année ou alors qui font des photocopies deux semaines avant le partiel, ça peut changer beaucoup chez des étudiants que tu ne fréquentes pas forcément. Payer ses études même si l’Etat vous reverse la somme plus tard, (parce qu’effectivement c’est une charge importante pour la personne) ça peut faire changer des mentalités et faire mûrir des gens. [C'est assez long à expliquer, mais si tu veux qu'on en reparle un jour...]

    Après si t’es pas assez passionné pour claquer de l’argent à l’université du Kent, c’est pas mes oignons ;)

    Publié 17 juil 2006 à 21:50

Trackbacks & Pingbacks 1

  1. De la part de Et demain, ce sera pire ! le 17 juil 2006 à 20:11

    Vous prendrez bien un exam de plus ?…

    J’apprends depuis le Professeur Rolin que le groupe de travail sur l’enseignement juridique [DOC] (dont j’ignorais de bonne foi l’existence) s’est réuni et a fait un certain nombre de propositions, dont, dixit Rolin, il e…

Publiez un nouveau commentaire

Votre e-mail n'est jamais publié ou partagé. Les champs nécessaires sont indiqués avec *