Qui-ne-râle-pas-n’est-pas-français ! Hé !

Serait-ce la fin des déclinologues ? Le monde (c’est-à-dire la France) était simple à comprendre il n’y a de ça même pas une semaine. Quelques jours à peine auraient suffi à faire renverser la vapeur et à transformer des dépressifs neurasthéniques en des personnes heureuses, épanouies, souriantes et enclines à vous faire des réductions quand vous allez sur le marché.

Que s’est-il passé ?

Il aura fallu précisément 270 minutes pour faire oublier les émeutes dans les banlieues, le CPE, Clearstream, les lunettes de Chirac, la coiffure de De Villepin et les dents qui rayent le parquet de Sarkozy. Toute la France semble sourire d’un même mouvement grâce à 11 prêtres des temps modernes qui pansent toutes nos plaies et nos craintes de vivre dans un monde résolument minable.

Toute ? Non ! On est français, faut pas l’oublier. Certains n’oublient pas leur réputation de râleurs la mauvaise hygiène, et se tiennent en adéquation avec leur rang lorsqu’ils sont en société. Ainsi, j’ai relevé 2 types d’énergumènes qui pullulent dans les rues par les temps qui courent, et, lorsque c’est bien cadré, les temps qui marquent.

Les patriotes de la troisième mi-temps

La troisième mi-temps, rappelons-le, est plus proche du rugby que du foot. Mais cette troisième mi-temps, peu importe comment on l’appelle, est la seule pratique sportive unanimement reconnue et pratiquée. Et Dieu qu’elle est pratiquée !

Cette espèce, c’est celle de ceux qui, par exemple, viennent avec un maillot suisse, togolais ou brésilien, s’installent dans un bar doté d’un écran géant, maudissent en aparté l’équipe de France aussi bien qu’ils le peuvent, et frémissent d’une émotion bien supérieure à la moindre actions des Bleus. Et on les voit hurler, déchirer leur maillot, lorsqu’ils se rendent compte qu’ils auraient dû parier sur une meilleure équipe, la leur.

Je ne suis pas un patriote qui veut voir le triomphe de la « Grande Nation ». Je me contente de soutenir la France lors de grands évènements populaires, parce que de toute façon, on n’y coupe pas. Je ne vais pas à la terrasse des bars maquillé ou avec un maillot de l’équipe de France. J’y vais, littéralement, en touriste. Mais je hurle de façon très naturelle, et je me prends très vite au jeu.

Je trouve ce genre de comportement incompréhensible. On passe toute son année à pleurer sur ce qu’on a pu avoir, ou, lorsque la chance est avec nous, à pleurer sur ce qu’on a eu. Est-ce qu’il parait inconcevable de prendre le risque de prendre une vraie tolle ? Je voudrais dire que ce comportement est lâche, mais c’est un mot trop à la mode. Si l’on n’est pas capable de subir une défaite, tous ensemble, est-on simplement capable de savourer à juste titre une victoire ?

C’est du foot, ce n’est pas grave, et je prends ça avec humour. Et je suis extrèmement mal placé pour donner des leçons de patriotisme. Je ne comprends tout bonnement pas ce comportement, je le perçois comme étant un pari sur la défaite du groupe auquel on appartient. Sachant, de surcroit, qu’on a toujours du mal à se convaincre qu’on est les plus nuls.

Les intellos intolérants

A côté, la première espèce est une bande de joyeux lurons optimistes.

Ceux-ci ne parient même pas sur quoi que ce soit. Ils ne regardent pas le foot. Par contre, ils regardent cette faune poilue et assoiffée sautillant sur des musiques ringardes dans les places des grandes filles. On a l’impression (à tort !) qu’ils pourraient appeler la police à chaque coup de klaxon d’un joyeux luron (qui, généralement, n’est plus assoiffée du tout, bien au contraire). Ils abhorrent le foot et toutes ses conséquences, notamment, que cela passe en première partie du journal.

Paradoxalement, je comprends plus ce comportement que le premier. Il y a des choses incroyablement plus intéressantes que la Coupe de Monde de Football de la FIFA 2006 et qui mériteraient de passer réellement devant le foot, qui doit savoir rester un loisir, un jeu.

Je suis aussi, mais alors, profondément, désolé de voir des députés, socialistes d’ailleurs pour la plupart, commenter sur des plateaux télévisés les matchs de foot. C’est à celui qui filera le mieux la métaphore pour dire que jouer sur un terrain à 11, c’est pareil que se passer un projet de loi dans un hémicycle ! Et si le foot était une chose sérieuse, elle le serait trop pour être laissée aux politiciens. Ils nous sapent le moral pendant 5 ans et ils reviennent maintenant ?

*

On a le droit de ne pas aimer le foot. Mais on aime être heureux. Et ce que je vois, jusqu’ici, ce sont des moments de bonheur. Alors, pourquoi refuser ça ? C’est primaire, c’est bestial, ça n’a rien de distingué ni même de « classe », mais le bonheur reste un besoin élémentaire à satisfaire.

Je soussigné, erasoft, ce jour, devient un défenseur inconditionnel du football, pour le respect de l’esprit sportif, et pour que les Bleus aille le plus loin possible ! Parce qu’en fin de compte, dans ce monde si stupide, nous sommes tous des Bleus.

Allez les Bleus !!!!

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