Le Plan Zzzz

Un an après. Quand PhilZ m'a fait remarqué que cela faisait un an que le référendum n'avait pas été adopté, j'avoue que je me suis senti plutôt honteux, parce que je ne m'en étais pas rendu compte. Et je me dis dès lors que cette situation de relative indifférence n'est peut-être pas spécifique  à moi, mais que d'autres peuvent ressentir la même chose. Un an après.

29 mai. Cette date ne me disait plus rien. A part que c'est, bien sûr, le lendemain de l'anniversaire de ma mère. Je ne voyais pas. Non, sérieusement, vous parlez de quoi ? Je le prononce à voix haute.. "29 mai". Immédiatement, ca vient. Le non au référendum, suivi, le 31, par le non hollandais. Comment la France a-t-elle fait pour passer d'une phase de débat passionné, fratricide, à une telle indifférence par-rapport à l'idée européenne ?

Arrondissons les angles. J'ai voté moui. J'ai mis un bulletin "oui" dans l'urne, mais en le regrettant presque. Je pense que je peux comprendre tout le monde, autant les déçus que les révoltés. Et finalement, un an après, pardon de dire ça, mais il n'y a plus que des déçus. Les révoltés se sont assagis dans une forme de je-m'en-foutisme totalement suicidaire. 

Le héros du "Non" de gauche (race très particulière parmi ceux qui ont refusé, mais qui forment la majorité des "Non" tout court), Laurent Fabius, n'a pas réussi un pari qui était perdu d'avance, à savoir s'imposer en pompier de l'Europe en général et de la France en particulier. Personnellement, je place plutôt sa défaite dans la colonne des bonnes choses. Prions pour qu'on en entende plus parler !

Son idée a fait le tour des médias et même des convictions des électeurs : "Il existe un plan B". On a beaucoup glosé dessus. Maintenant, j'ai l'impression que c'est un plan Zzz qui s'est mis en place.

Samedi s'est réuni un Conseil des ministres (c'est-à-dire, ce qui impulse tout au niveau européen) qui a décidé d'attendre. On peut comprendre ce choix. Les conditions ne sont pas réunies pour faire changer d'avis les Français. Je suis et reste toujours persuadé que, même si le débat sur le TICE était parfois sérieux (et parfois, pas du tout !), les raisons principales de ce refus cinglant sont à trouver en France, et certainement pas à Strasbourg ou Bruxelles. La France avait besoin de taper sur quelque chose pour se donner un peu d'ego. L'année dernière, ca n'allait pas bien. Maintenant non plus, remarque…

On avait particulièrement critiqué les grands discours nationaux des grands dirigeants français, alors que justement, ils devraient rendre à l'Europe la place qu'ils méritent. Un an, c'est court pour changer les idées populaires sur quelque chose d'aussi substantiel, alors que rien n'a été fait depuis 30 ans. Mais qu'est-ce qui a finalement changé ?

La Constitution européenne est morte. C'est sans doute une bonne chose pour le texte. Mais c'est certainement un grave coup d'arrêt au développement européen : que l'Union européenne devienne un point une idée, et un peu plus quelque chose. Et pour le coup, on n'arrivera pas à faire ça sans une véritable révolution. C'est pourquoi j'ai voté oui. L'Europe, on ne doit pas être pressé pour la faire. C'est une idée vieille de 2.000 ans. Il vaut mieux prendre son temps, donner une direction et un sens à l'Europe, la faire comprendre par chacun des citoyens, et qu'on évolue d'une Union d'Etats à une Union de citoyens. Ce qui n'est pas le cas, sinon, c'est le Parlement Européen qui impulserait, et pas 25 ministres des affaires étrangères.

La Constitution européenne est arrivée à un moment où on ne l'attendait pas. Les Etats, sans doute ; les citoyens, sûrement pas !

Il aurait tellement mieux valu clarifier les choses dès le départ, particulièrement vers plus une direction européenne plus démocratique et plus compréhensible, et s'engager dans cette réforme (dont la portée ne devait être qu'essentiellement juridique !) dans une phase où l'Europe brillait…  

Je reste persuadé que ça reste possible. Pour le moment, l'Europe est en veille. Il faudra de nouveaux dirigeants, unis au niveau européen, pour impulser une nouvelle politique, et progresser, pas à pas, sûrement. C'est comme ça, que la réforme est possible.

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Commentaires 1

  1. PhilZ a écrit :

    Je proteste contre l’oubli de M. Mélenchon (+ Marie-George + Olivier et les autres) au titre de champion du Non à gauche…

    Pour affiner, je pense que la question européenne cristallise un certain nombre de représentations communes : mondialisation, chômage/emploi, immigration… le tout relayé allègrement par les médias et qui sert de matrice de lecture de la réalité à une bonne partie de la France contemporaine. Je ne sais pas qui fait les synthèses des débats sur desirsdavenir mais quand on les lit, on a exactement cette matrice de lecture sous les yeux… et franchement ça m’inquiète beaucoup.

    M’enfin je reviendrais plus longuement sur ce sujet…

    Publié 29 mai 2006 à 12:14

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